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16 septembre 2007

Ma journée du patrimoine

Par principe, je suis plutôt contre les fêtes imposées.
Genre on doit forcément s’éclater au nouvel an, faire un cadeau à sa moitié pour la Saint-Valentin, offrir un sex toy à la fête des pères et faire le cultureux pour les Journées du Patrimoine. Non pas par esprit rebel, mais parce qu'à mon humble avis, c’est toute l’année, poussée par de sincères envies qu’il faut s’intéresser à toutes ces choses essentielles.

medium_couvbrichpatrimoine.jpgSamedi matin, la mairie de Saint-Ouen en avait décidé autrement : elle m’a invitée à venir inaugurer un parcours patrimonial.
D’abord, je me suis dit, ben flûte alors, qu’est-ce qu’il leur prend ? Après avoir sacrifié tant de bâtiments à caractères patrimoniaux sur l’autel du progrès social et de l’extermination de tous les signes extérieurs de bourgeoisie (oui parfois, le beau peut-être bourgeois, mais là je m’écarte de notre sujet).
Certes, les élus communistes ont effectué ces sacrifices urbanistiques pour donner des toits aux mal-logés, avec la complicité de la droite qui a généré ce Yalta territorial en créant la Seine-Saint-Denis en 1965, puis la frontière sociale et physique du périph’. Mais quand même, regardez mon album photos mêlant des avants-après, et vous vous sentirez comme Idéfix devant les bûcherons.




En quelques coups de bicyclette bleue (nous les outre-périphéens n’avons pas de Vélib’, mais des idées), me voilà devant la Mairie de Saint-Ouen, en compagnie du Maire, de quelques adjoints tous prosternés face à un étrange totem recouvert d’une bâche. C’est que maintenant, la municipalité a décidé de vouer un culte au patrimoine : 19 bornes historiques et 2 tables d’orientation sont installées à travers la ville pour aider autochtones et touristes à découvrir le patrimoine industriel de Saint-Ouen.

medium_intbrochpatrimoine.jpgOui, ne vous moquez pas, on peut faire du VRAI tourisme dans le 93, c’est à dire pas des clichés pour certaines émissions anxiogènes, mais par exemple visiter la basilique de Saint-Denis, le parcours patrimonial de Saint-Ouen, le Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget, le magnifique Parc de la Courneuve, etc…


J’avoue que cette idée de bornes historiques me séduit et sincèrement je félicite la municipalité pour cette initiative. J’espère qu’elle motivera d’autres villes à en faire autant. D’ailleurs le discours de Jacqueline, notre mairesse quadra à la coupe Marie-Georges, a été très convaincant et permet de soulever différentes questions :

  • Qu’est-ce qui dans une ville permet à chacun de se tourner vers l’avenir, tout en s’appropriant le passé ?
  • Comment conserver le patrimoine et rester en phase avec les évolutions de la société ?
  • Où commence le patrimoine ? Ainsi le classement du site des Puces pour son ambiance prouve que ce ne sont pas seulement les bâtiments qui font l’atmosphère d’une ville.

Malheureusement, nous étions peu nombreux samedi matin devant l’hôtel de ville, et en dehors des envoyés spéciaux de la Pravda locale (euh pardon le journal municipal, ouais, je suis d’humeur caustique aujourd’hui), je n’ai pas vu de journalistes ni de caméras pour médiatiser cette démarche positive, occasion rare de donner une autre image du 93.
C’est que, comme l’a dit Jacqueline, un grand événement mobilise les médias, les partenaires financiers (Conseil général du 93, région IdF), mais aussi les fidèles Audoniens.
Je me suis dit, ben oui y sont tous au Stade de France, pour le rugby. Et puis je me retourne et là je vois les horaires des bus pour la fête de l’Huma. Agenda chargé, choix cornélien ou nouvelle stratégie marketing pour inscrire la Fête du PCF dans le patrimoine français et par là-même assurer les rentrées ? (15 euros pour 3 jours, moins cher que Disney, mais payant pour les caisses vides du parti).

À Saint-Ouen, longtemps surnommée avec fierté Little RDA par les militants communistes, la Fête de l’Huma c’est du sérieux, et pas vraiment le truc indispensable à caser dans son dîner de Bobos parisiens.
Quel tact notre Jacqueline, elle a simplement casé grand événement dans son discours, sans faire de retape, genre je vous rappelle que les horaires des cars municipaux sont indiqués de chaque côté de la mairie (ben quoi, dans les mairies UMP y font pareil pour les meeting de Nicolas ;)).

medium_BornePatMairie_2.JPGJacqueline a conclu son discours par le parti-pris stratégique de la mairie : « ces bornes historiques mettent en avant le travail ». Tiens, ça me rappelle autre chose….
Le travail est au coeur de l’histoire de Saint-Ouen, pour transmettre la mémoire de ce qu’ont été les joies et les douleurs du travail
».

C'est sur la base de ce brief municipal, que l’agence de design Saguez & Partners, installée à Saint-Ouen dans une ancienne usine reconvertie en loft (comme dans la chanson de Renaud…), a designé et financé partellement dans le cadre d’un mécénat d’entreprise, les bornes patrimoniales, témoin de cette mémoire ouvrière.
Un poteau couleur fer au look d’IPN. Du texte orange à l'image des codes couleurs de la sécurité (grue, plots…) et une typographie pochoir à la Le Corbusier.
D’un geste royal Jacqueline a décoiffé le totem, tout le monde a applaudi : c’est vrai que c’est très beau et que le texte descriptif est bien foutu (photo trop petite, n’avez qu’à venir en Audonie voir de près).

Je ne suis pas restée pour le verre de l’amitié dans les salons municipaux.

Je salue l’initiative, toutefois je reste sur ma faim.

medium_ChateauParcA_oct06.2.JPGSur les 19 bornes, aucune n’est consacrée au Château de Saint-Ouen. Je sais, ça sonne comme un oxymore, mais l’actuel Château et son parc public, rebâti sur les terres de l’ancien Château de Boisfranc (achevé en 1669), a été inauguré en 1823 et habité par la Comtesse de Cayla, favorite de Louis XVII.

medium_rue_des_chato_zoom.2.jpgSeulement un nom de rue que personne ne comprend, mais aucune borne pour rappeler qu’il y a eu jusqu’à 4 châteaux dans l’actuel quartier du Vieux Saint-Ouen. Des princes et princesses - dont la famille Rohan-Soubise (a donné son nom à la Cité éponyme qui cette fois dispose de tours), mais aussi la famille Necker (avant l’hôpital, le ministre des Finances de Louis XVI) avaient leurs « maisons de campagne » sur cette petite colline surplombant la Seine.

C’est vrai qu’avec l’ouverture de la gare des Docks en 1830, Saint-Ouen est passée d’une ville de villégiature à une ville d’industrie et que les patrons ont occupé les ex-demeures princières. Neanmoins, pourquoi ne pas leur rendre hommage ? À 6 mois des élections municipales, serait-ce trop bourgeois pour le patrimoine électoral audonien ?

medium_IMG_0892.JPGDans les anciens terrains des Docks justement, se trouvent encore aujourd’hui ce qui reste des jardins ouvriers créés dans les années 20, lors de la vente d’une partie du parc du Château de Saint-Ouen à l’usine Thomson Houston devenu ensuite Alstom puis Areva.
Et ben voilà, je le tiens mon programme !!! Je vais emmener Chouchou et les Blondes faire un tour dans les jardins ouvriers.

Maintenant que les chronique sont dans les Very Important Blogueurs de 20minutes, c’est l’occasion de rappeler que - 2 ans jours pour jours après le grand pique-nique, que différentes associations avaient organisé lors des Journées du Patrimoine pour sensibiliser les médias et faire pression sur le promoteur Nexity et la mairie – les jardins et les jardiniers sont toujours en sursis.


medium_IMG_0889.JPG38 jardins ont été détruits pour laisser place à des bureaux et 62 jardins ont été maintenus grâce la mobilisation citoyenne puis médiatique qui a fait pression sur la mairie de Saint-Ouen pour interférer auprès du promoteur Nexity.

Restructuration capitaliste oblige, en 2004 les anciens terrains Alstom ont été vendus au promoteur Nexity. En février 2005, les jardiniers reçoivent une lettre : ils doivent quitter les lieux au plus tard le 31 décembre, l’accès sera fermé, les jardins démolis. C’est le drame et l’incompréhension, d’autant plus qu’une partie de ces jardins sont situés sur une zone non-constructible inscrite réserve espaces verts au Plan local d’urbanisme (PLU), que ces jardins, mais aussi les 2 terrains de foot, les tennis ont toujours été accessibles. Aujourd’hui toute cette partie a disparu, mais subsistent encore 62 jardins, bouffée d'oxygène, lieu magique, poétique et totalement irréel aux portes de Paris. L’accès est désormais autorisé aux seuls 62 jardiniers et à leurs proches.

medium_IMG_0862.JPGC’est donc Mohammed Edoukali, le dynamique président de l’Association de défense des jardins ouvriers, qui nous attend à l’entrée rue des Bateliers.
Mais pas seulement. :Bouchta, José, un autre Mohammed… tous se disputent à celui qui fera visiter en premier son potager fleuri, dévoilera ses secrets de fabrication, offrira des fruits et légumes aux Blondes qui ont un succès fou auprès de ces papys.

Ainsi José a ramené ses semench’ de tomates et de choux du Portougal.
C’est ce choux vert géant qui accompagne les traditionnelles sardines. C’est un gros bouloch’ pour les femmes de rouler chaque feuille une à une à la main, nous explique José.

medium_IMG_0858.2.JPGC’est que les jardins, comme les parties de pétanque, sont l'occasion d'un melting-pot des cultures, un monde d'hommes, qui se retrouvent les soirs après le travail, les vacances, les week-end. A l’origine les jardins ouvriers avaient été créés pour procurer un appoint alimentaire, éviter de traîner dans les bars, mais surtout procurer la bouffée d’oxygène indispensable pour tenir le rythme de l’usine.
Mohammed, en parle avec fierté de ses 37 ans d’Alstom dont 18 de nuit. Même chose pour Bouchta, arrivé de Kabylie pour faire chaudronnerie pendant 38 ans et qui offre fièrement ses citrouilles à Fifi Brindacier et Miss star Ac’.

medium_IMG_0863.JPGC’est José qui a le plus beau jardin, tous sont unanimes. Nous goûtons le délicieux raisin, les Blondes ramassent des tomates, des carottes. Fifi ne comprend pas bien comment le lapin peut croquer la carotte si elle est enfoncée dans la terre. Miss star Ac’ veux revenir avec sa maîtresse et sa classe.

Mais voilà ce n’est pas possible.




medium_IMG_0876.JPGLes jardins sont en sursis. Ces 3 hectares bucoliques et improbables sont dissimulés
. Autrefois ouverts à tous les prolétaires, ils sont devenus réserve de privilégiés.
Les jardins ouvriers de Saint-Ouen font partie du patrimoine de la ville depuis presque 1 siècle, symbole des joies et des souffrances du travail, mais la mairie n’est pas sûr de pouvoir les garder, donc… pour vivre heureux vivez cachés…

Le projet des Docks, 100 Ha soit ¼ de la surface de Saint-Ouen, sera achevé dans 18 ans. Le futur parc de 12 hectares incluant l’actuel Parc du Château devrait comporter des jardins familiaux, mais rien de dit que ce sera ceux-là, et pas un alignement d’abris de jardin Playmobil avec des arbres de Barbie.

medium_IMG_0872.JPGLa famille Ricoré s’en va contente de son marché bio hors du commun, mais triste pour les jardiniers en sursis. En vrai citadine, les filles ont décidé de traverser le périf pour aller boire un pot à Paname.
En ménagère modèle, je propose de grouper avec le Jardin des Halles qui fait portes ouvertes à l’occasion de sa réouverture, là encore obtenue grâce à la mobilisation citoyenne. Nous arrivons trop tard.


La dure réalité des journées du patrimoine nous a rattrapée.

Le temps de se diriger vers la colorée et magnifique fontaine de Nikki de Saint Phalle, j’entends Miss star Ac’ questionner : dis, pourquoi y sont tous par terre les papiers pour Saint-Ouen ?

Phénomène X-Files ? Signe du destin ? L’aînée des Blondes a raison : une distribution de flyer pour les Puces recouvre le sol. Le 93 s’est (encore) invité, et il faut croire qu’il n’est pas près de nous/vous quitter.

@ suivre…


© rédactionnel + photos ZoraLaRousse93
Cet article a été publié sur
Agoravox, le média citoyen, le 17 septembre 2007

Rédacteur Agoravox

Commentaires

Bravo !

J'aime beaucoup votre blog, son look, son ton, son fond.
J'habite ici aussi (côté Garibaldi) et je trouve ce que vous dîtes tout à fait juste.

Avant, j'étais à Paris, ma ville natale et c'est un profond changement de passer le périphérique !

Connaissez-vous
http://parisbanlieue.20minutes-blogs.fr/

C'est mon autre lecture régulière sur le sujet. J'y apprends et comprends pas mal de choses sur la situation tortueuse où nous nous trouvons, d'un côté et de l'autre du fameux périph'

Merci, en tout cas, pour votre blog. A bienôt sûrement

Écrit par : Du93 | 17 septembre 2007

Merci pour votre blog !

Je vous invite à lire un livre que j'ai acheté il y a déjà 2 ans mais qui est d'une actualité encore présente et dont la presse n'a pas donné, me semble t-il, l'écho nécessaire. Le contenu n'est pas politiquement correct... il y a une cause à effet ? Banlieue insurrection ou ras le bol ? de Bernard Girard et l'éditeur est je crois "Les points sur les i" ou quelque chose comme ça !

Votre blog mérite très largement une belle audiance.

Bonne continuation

Écrit par : Philippe | 17 septembre 2007

@du93 : merci de vos compliments, suis t touchée, en plus d'un Audonien, lol
Moi aussi j'ai les même lectures que vous.
Connaissez-vous www.lesaudoniens.com, le blog citoyen de Saint-Ouen ?

@Philippe : merci de vos encouragements, ça me donne envie de continuer.
Quant au livre, je vais aller tout de suite voir ça : je suis plus papyvore ke blogovore.

Écrit par : ZoralaRousse93 | 17 septembre 2007

Bonsoir Zora,

Je savais qu'en t'ajoutant à mes amis myspace, j'allais découvrir un être d'une rare qualité.
Qu'est ce qui me permet de le dire ? Mais ta cchronique, celle que tu m'as proposé sur mon profil il y a quelques jours et que je me suis mis à dévorer depuis.
Certains textes sont émouvant, un en particulier, d'autres sont beaux, d'autres encore sont plein de bon sens. Il est vrai que moi cette histoire je l'ai vécu à l'envers ou autrement et que j'ai aussi tant à dire.
Continue s'il te plait, ne t'arrêtes pas, et vous si vous me lisez, encourageons Zora.

Écrit par : Carlos | 18 septembre 2007

Bonjour !

Pas mal ce blog queje découvre.

Félicitations !

Écrit par : ALLAIN JULES COMMUNICATION | 18 septembre 2007

merci pour cette visite guidée tres 9 cube de ta journée du patrimoine...

p.s : vive les ménagéres manageuses

Écrit par : François | 19 septembre 2007

Bonjour Zora 93,
Comme dirait D'jak, "kel bo blog !",
J'aime beaucoup comme sur MySpace, mais en mieux !
J'adore lire vos articles savoureux, mi sucré mi salé, avec une pointe acidulée là ou ça fait mouche !
J'aime beaucoup la visite des jardins ouvriers, j'aurai appris quelque chose ! ca manque les espaces verts outre périph... il ne manquait plus que JPP (Jean-Pierre Pernaut pas Jean-Pierre Papin !!!)
J'ai hate de lire les autres !
On n'imagine pas tout ce qui se passe en banlieue, ni les rencontres que l'on peut faire... (en dehors de TF1 qui ne montre que des jeunes qui brûlent des bus...).
Vivement la suite....

Écrit par : Capitaine Flam | 20 septembre 2007

A Zora : Bravo pour son blog ! Peut-être un peu trop ... Politique ?

Écrit par : youpi | 25 septembre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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