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03 juin 2008

Télé-clichés ou télé-vérités ?

1527148660.jpgActu oblige, je n’ai pas résisté au Capital spécial pouvoir d’achat : « Quand la vie de famille devient trop chère, comment réduire les dépenses ? »

Je n’ai pas été déçue, en fin d’émission, nous avons eu droit à une redif’ d’un reportage de 2006 sur la Seine Saint-Denis Le 93, nouvel eldorado pour certains, qui sont les victimes ? »

Un vrai Cannes du cliché, ma télé a failli exploser. Attention, certaines images pourraient heurter le public. Capital M6, télé-clichés ou télé-verités ?

M6, les Séquanos-Dyonisiens ne te disent pas merci pour l’image de la Seine-Saint-Denis…

Vous n’avez pas fait partie des 5,061 millions de téléspectateurs (20,7% de part d’audience, contre 25,8% pour TF1) captivés ce dimanche 25 mai 2008 par le sourire ultra-brite de Guy Lagache ?
Cependant, vous avez une âme de téléspectateurs-citoyens-consommateurs, alors dépêchez-vous de lire ma chronique et de réagir.

Vous avez regardé Capital ? Vite, lisez et faites-nous partager vos impressions sur cette soirée.


2036505312.pngAvec Chouchou on a bien rit  sur notre canapé : du suspens, de la géopolitique, de l’humour, un savant cocktail « Des racines et des ailes spécial peuples oubliés », « Koh lanta saison western urbain La Haine », le tout agrémenté d’un bref passage d’espoir façon « Friends » , ponctué d’une leçon d’économie combien ça coûte à la JP Pernault.

Blague à part, la partie la plus polémique du reportage, sur la politique de préemptions illégales des mairies de Saint-Ouen ou Pantin, a été zappée.

Ce qu’on a préféré ? La répétition presque jouissive et l’intonation particulière des mots « Seine Saint-Denis » par la voix off, comme si le journaliste avait trouvé the scoop du siècle. Rappelons qu’avant lui, nous avions eu la chance de lire de bien meilleurs papiers dans le regretté Zurban, (article ici) ou encore dans le Nouvel Obs Paris (article ).

Point positif : pour une fois, nous a été épargné le traditionnel 9-3, ton compte est bon.

Façon western urbain, le mauvais bobo, le bon prolo et le truand de marché immobilier, M6 nous donc a expliqué pendant 20 minutes anxiogènes et incitant à la haine sociale, qu’il existe des Parisiens, totalement dinguos, qu’on appelle Bobos parce qu’ils sont des aventuriers des temps modernes, partis conquérir la Seine Saint-Denis.

Sans dec’, pourquoi les méchants bourgeois-bosseurs (des prolos qui ont pris l’ascenseur social, par opposition aux bo-hé pour bourgeois-héritiers) viennent re-peupler les ghettos et faire monter les prix, alors qu’on pourrait dresser des murs pour que chacun reste chez soi  et la mixité sociale nulle dans tes rêves dans des débats d’ethno-sociologues de Saint-Germain des Prés sur LCP ou France 3 après minuit ?

1052958736.png Le reportage démarre par une intro contextuelle, vas-y que je te balance des chiffres de 2005 (ils auraient pu au moins réactualiser pour la rediffusion) : en 10 ans, les prix de l’immobilier ont plus que doubler.
Prix moyen pour 100 m2 en 1997 en France, 96 000 euros contre 200 000 euros en 2005.

« Phénomène nouveau, les Parisiens se tournent vers les banlieues populaires, voire les quartiers sensibles. »
Intonation voix-off sur populaires et sensibles.

« La Seine-Saint-Denis, a priori un département qui ne fait pas vraiment rêver : taux de chômage l’un des plus élevés de France. On se souvient tous des émeutes de l’automne 2005. Pourtant, ils sont des milliers à quitter la Capitale.
61000128.png
Alors, quel type de logement y trouve-t-on ? Y-a-t-il de bonnes affaires ? Quelle qualité de vie offre vraiment la Seine Saint-Denis ? »

Sandra et Renaud sont à l’étroit dans leur 75 m2 du XXe arrondissement de Paname, rêvent de plus d’espace et de verdure.
Ce rêve vaut 800 000 euros à Paris, mais deux fois moins de l’autre côté du périf.
Et c’est parti pour la poussette dans le métro.. C’est qu’ils sont bio, nos amis les Bobos…

1131251745.png Apparition à l’écran des dents en or de Joey Star. Il va avoir peur des méchants rapeurs, le bébé ?
« La Seine Saint-Denis, un département à la mauvaise réputation, incarné par le groupe NTM et son rap agressif »
C’est sûr, ils n’allaient pas nous montrer une gentille chorégraphie de Kamel Ouali qui a grandi près du Stade de France, ni un clip de poésie urbaine de Grand Corps malade. Ou encore un jeune trader de la city de Londres BAC+5 made in 93, qui a fait fortune outre-manche.

2114822545.png Magnifique fondu-enchaîné sur le 93 vue du ciel par Yann Arthus Bertrand (la ménagère aime la poésie et a droit à un certain sens du cadre), zoom sur les barres et les parallélépipèdes gris.
«  Le territoire de dizaine de cités difficiles, où un quart de la jeunesse est au chômage et s’est soulevée il y a un an. 1 300 voitures brûlées, 300 personnes interpellées. »

Chouchou, dis j’appelle la DDASS tout de suite, des Parisiens sont devenus fous ? Il faut au moins sauver leur enfant ?

La Seine-Saint-Denis, le territoire du Musée de l’air et de l’espace, du Stade de France, du magnifique parc de la Courneuve (« le parc Monceau du 9-3 » comme le dit Claude Bartolone dans 93mag), des Puces et du château de Saint-Ouen, sans oublier la Basilique des Rois de France.
Zora, penser à publier une chronique tourisme en Seine-Saint-Denis et l’envoyer à Capital, voire à des Racines et des Ailes.
Ah si Dany Boon avait été du Nord du 9-3, on n’en serait pas là…

979738690.png Les voitures brûlent, sur ma télé, images de fin du monde.
« Malgré cette image de département à problèmes, la Seine Saint-Denis attire.
»
Intonation voix-off sur « attire ».

924215042.png« Grande comme deux fois Paris, l’immobilier y est en moyenne moitié moins cher.» Vu le schéma à l'écran, on avait compris... Nous prenent vraiment pour des demeurés à M6.
« Du coup, les Parisiens viennent profiter des prix des communes limitrophes, à Saint-Ouen, Pantin et Bagnolet. Que peut-on y trouver ? Et Comment vivent ces Parisiens en Seine-Saint-Denis ? »
Intonation voix-off sur « vivent ».

La semaine prochaine justement, baisse des investissements publicitaires obligent, sur TF1 nous découvrirons que la prochaine saison de Koh Lanta est tournée dans le 9-3, où deux équipes tentent de survivre parmi les autochtones.

10 minutes de métro plus tard, nous retrouvons Renaud et Sandra, façon on a échangé nos maisons.
Zoom sur la grille du jardin d’un pavillon, grande surprise : « dans ce vaste département, il n’y a pas que des cités à problèmes. »
Donc, les Parigots  ne viendraient pas que pour l’argent ?
Suspens insoutenable, la ménagère de Moins de 50 ans va-t-elle Zapper ?

Emmanuel Chain, je regrette tes sourcils de mes 20 ans. Ah l’époque, j’avais l’impression que tu étais un vrai journaliste qui nous présentait des vrais reportages, étais-je trop naïve ? Ou bien est-ce la télé qui a changée, pour désormais produire du Reportainment, soit un mélange de tainment (divertissement) et report (reportage) ?

884848944.png Gros plan sur la poussette devant le gros tag, parce que « chaque quartier a sa cité à problème ».
Après une visite peu concluante d’une maison de ville années 50 (les autochtones disent pavillon) qui n’a pas trop lue Vénillia, notre famille « va continuer à chercher, parce qu’elle sait qu’elle va trouver ». Parler d’espoir, important pour la télé-ménagère.

M6, à quand le « Capital, 2 ans plus tard » ? Parce que là, non-mais, il y a pub mensongère. Le reportage date déjà d’il y a deux ans, et on ne se sait toujours pas comment nos Parisiens (sur)vivent en Seine Saint-Denis.

« Comme eux, 2 000 familles de Parisiens viennent s’installer en Seine-Saint-Denis chaque année. Beaucoup sont jeunes avec de bons salaires et ne voient pas d’inconvénients à vivre dans les quartiers popu, c’est ce qu’on appelle des Bobos ».

Mazette, M6 oublie de vous dire qu’il existe tout un tas d’ex-parisiens de classes moyennes (fonctionnaires, employés, soyons fous cadres...) qui viennent s’installer dans le 93, cela fait-il d’eux des Bo-bos ? Bourgeois-bohèmes ? Bourgeois-bosseurs ? Racisme social ? Est-ce péjoratif d’ailleurs, comme l’insinue l’intonation de la voix-off ?

Nous voilà maintenant à Pantin, pour trouver (peut-être enfin) la réponse à la question posée en début de reportage : « Quelle qualité de vie offre vraiment la Seine Saint-Denis ? »

« Cette ancienne Parisienne a trouvé la maison de ses rêves. Une ancienne usine transformée en Lofts. 180 m2, il  a de la place, cuisine américaine extra large. A l’étage, 15 m2 pour la petite-fille.
»

Salope de bourgeoise-bosseuse : on pourrait loger 4 familles chez elle et faire cuisine commune comme au temps des Soviets. En plus, elle ne bosse pas vraiment, elle travaille dans le cinéma, comme son compagnon.

« Pour payer sa maison, elle a profité des petits-prix de la Seine-Saint-Denis. Il a suffit qu’elle revende son appart parisien 2 fois plus petit, pour s’acheter deux fois plus grand dans le 93 ».
Intonation voix-off sur « profité». La vilaine, elle a spéculé. Et comment vit-elle alors ?

1931330528.png D’après les images, un peu comme dans une colonie dans la bande de Ghaza : la partie extérieure-pseudo-parking-jardin est commune à toute la série de lofts, le tout protégé par une grille.
« Les gamins circulent d’une maison à l’autre et profitent même du jardin de la voisine ». Séquence « Friends » (message espoir subliminal à la télé-ménagère) tout le monde est pote et se prête les gosses.

« L’école maternelle est impeccable, la primaire aussi. Pour le collège, je ne me suis pas encore inquiétée, j’ai le temps de voir ». Nous voilà rassurés.
Pour ses courses, les activités extra-scolaires, les loisirs, le rôti de porc, etc… bref comment elle vit en vrai en fait, et ben on ne le saura pas.
1316874832.png Mais comme dans la chanson de Renaud, le plan de coupe se fait sur madame à vélo qui quitte son loft de Bobo, pour aller travailler à Paname.

« Profiter de cette qualité de vie et vivre dans de grands apparts, ce n’est pas trop cher quand on est un Bobo. Mais voilà, leur arrivée a fait flamber les prix, + 75 % en trois ans à Pantin. »

Vous remarquerez qu’un intro de reportage, M6 avait demandé « qui sont les victimes », pas les bourreaux…
Sans dec’, était-ce mieux avant, dans les années 70 à 2000 quand les villes du 93 vivaient une hémorragie de population, la faute à l’insécurité, à la carte scolaire et au manque d’offre résidentielle (les Cocos avaient mis une taxe PLD qui dissuadaient tous les promoteurs de construire) .
Saint-Ouen, comme d’autres camarades rouges a ainsi perdu jusqu’à 35% de sa population.
Les pauvres et les riches doivent-ils rester chacun entre eux et les voix impénétrables de l’électorat avec ?

Apparition du fond sonore rap, zoom sur des immeubles à paraboles et linge qui sèche dehors.
« Alors, comment s’en sorte ceux qui vivent ici depuis longtemps, une population dont les revenus sont beaucoup plus modestes ?»

Et c’est parti pour une nouvelle caricature, euh pardon un portrait.
Rue tranquille, poussette, maman mauricienne, immeuble propret en briquettes.
« Cette femme de ménage rentre du boulot et vit depuis 8 ans tout proche du beau loft des Bobos. Elle aime son quartier, mais est très à l’étroit avec son bébé dans son 2 pièces de 24 m2, loué 508 euros par mois.
1024105231.png Partie de rien, Ewanti a beaucoup d’ambitions. Comme un objectif à atteindre, une photo de Ferrari trône au milieu de son salon. »

- « Depuis toute petite, c’est mon rêve d’acheter une maison et une petite Ferrari. »
Et si c’était la Bobo qui avait dit la même chose ? Hein, on n’aurait pas eu droit à une spéciale de Marianne et TV-ménagère-Hebdo sur le bling bling ?

« La Ferrari, ce n’est pas pour tout de suite, mais la petite maison, elle y croit.
Elle gagne le SMIC et rêve d’être propriétaire d’un 3 pièces. Elle n’a que 85 000 euros d’emprunt à la banque.
Alors, va-t-elle trouver ? Ewanti va prendre une claque. Pour le budget, elle est loin du compte.
»
Intonation voix-off sur « claque» et « compte ».

Sirène d’une ambulance en fond sonore. Coincidence qui ajoute encore du dramatique à l’intonation de la voix-off.
2110118546.png « Ce qu’elle cherche, coûte 180 000 euros ». Zoom façon vidéaste amateur sur l’annonce immobilière, il n’y a plus que 6 chiffres sur mon écran TV. Dès fois que la télé-ménagère soit blonde.
Voix-off ultra-lourdingue : - « Pourquoi non ? C’est pourtant ce que vous chercher ?
»
- « Non, je ne peux pas me l’offrir, c’est 180 000 euros. »
Après l’image, le son et on recommence : « 180 000 euros, c’est plus du double de votre budget. Silence accusateur.
« Le pire, c’est qu’il y a 3 ans, elle aurait trouvé sans problème avec ses 85 000 euros. »

La faute aux méchants Bobos de tout à l’heure dans leur cuisine XXL ou la faute au marché immobilier tout court ?
Pour la consultation de psychothérapie des bobos anonymes qui culpabiliseraient, contacter la rédaction de M6. Ils offrent la première séance, et ça fera l’objet d’un prochain Capital « Je suis bourgeois et je n’assume pas, recyclé ensuite en 66 minutes puis sur W9.
Avis à l’équipe de ça se dispute, le thème d’émission est déjà déposé.

1084617506.png « Poussée par la pression immobilière, elle doit aller au Nord ou à l’Est du département. » Re-schéma, pour les Te-bés.
Tiens, la voix off n’a pas dit « Seine Saint-Denis, ça manque presque. Un peu comme un prof à tic, vous et votre meilleure amie qui compter l’expression pendant l’heure de cours.

Le poids de mots, le choc des photos.
M6 nous ressort la carte avec Paris et 93 en grosses lettres agressives, puis apparition du quai de train de banlieue. Ah pardon, on dit « Transilien » maintenant.
« Elle a trouvé un 3 pièces à visiter à 15 kilomètres de chez elle. Il y a 20 minutes de RER.
»
Elle ne se voit pas faire le trajet et changera d’employeur si ça lui plait, là-bas.

117803506.pngLà-bas, dans l'autre monde... Ce n’est pas la chanson de JJ.Goldman avec la choriste castée dans le métro (à l’époque pas de Star Ac’), c’est « Une commune qui a fait la Une de l’actualité dans le monde entier. Clichy sous-bois, C’est ici qu’ont eu lieu les combats les plus violents ».
Comme au lancement du sommaire et en intro de reportage, retour des images de guérilla urbaine façon CNN.

« Ewanti va-t-elle franchir le pas et venir s’installer ici, dans son budget, à 2 000 euros le mètre carré ? »
Séries de plans de coupe sur les Graffiti, tags et autres vitres cassées. Re-suspens insoutenable.
« L’appartement se trouve dans cette énorme barre en mauvais état. Bien que les parties-communes soient ravagées, ce n’est pas une HLM, mais une co-propriété. »
« L’appartement a des arguments. Vrai 3 pièces, avec cuisine et balcon, au total 64 m2 pour exactement 85 000 euros. Ewanti va-t-elle acheter, bien que la cité lui fasse peur ?
»

226152654.png « Il ne faut pas se fier aux apparences, déclare avec aplomb l’agent immobilier. Je suis venue aussi bien le jour que la nuit, je n’ai eu aucun souci. Ça fait partie de nos meilleures ventes. »
C’était donc ça le message central du reportainment de Capital : « ne pas se fier aux apparences ».

1255844382.png « Ewanti ne se voit pas vivre ici et restera, pour l’instant, bloquée dans son petit deux pièces. »
Décidemment, il manque vraiment Capital saison 2, deux ans plus tard.

Et ceux qui vendent leurs apparts de Clichy sous-bois, où vont-ils vivre après, « grâce » au marché immobilier ? Le reportage ne nous le dira pas.

Retour à Pantin, parce que « La mairie a conscience que la flambée des prix met en difficulté une grande partie de la population. En espérant contenir la hausse, elle intervient sur la vente de quelques appartements et de terrains ».

Entrée en scène de Monsieur Prophète (véridique son nom, sont vraiment trop forts à Capital) qui faisait du commerce de gros.
« 20 ans de labeur, son entreprise a fermé. Retraité, il pourrait aujourd’hui vendre son terrain 700 000 euros, soit 5 fois le prix qu’il l’a acheté.»

« Malheureusement, il va devoir vendre son terrain beaucoup moins cher : il est dans le collimateur d’un haut fonctionnaire de la mairie. »
Le fonctionnaire a besoin de terrains bon marché pour offrir des logements en-dessous du marché aux habitants de sa commune.
On dirait presque un chapitre du Petit Prince avec le môsieur qui compte, pas celui où le Renard chatte sur MSN pour apprivoiser le Prince.

La mairie propose de racheter le terrain à 413 000 euros. Monsieur Prophète aurait voulu vendre au prix du marché (700 000 euros) le fruit de son labeur, pour pouvoir la bise venue passer sa retraite ailleurs…au prix du marché.

175525554.png Séquence marchand de tapis qui fait de la peine. La négo du terrain se finira à 435 000 euros « soient 30% en dessous du prix marché qui permettront de construire des logements bon marché ».
La mairie ne pourrait-elle pas - sur ses propres fonds - acheter le terrain de Monsieur Prophète au prix du marché et revendre ensuite moins cher à d’autres les apparts ainsi construits ?
Clap de fin sur la gentille mairie qui a mis sur le marché 190 logements, grâce à ses méthodes et au (salaud de) gentil patron.

En septembre 2006, il y a avait un épilogue-plateau à ce reportage vidéo.
Dommage que 2 ans plus tard Capital, n’ait pas dressé un bilan de ces méthodes, que le maire de Pantin a reconnu illégales, devant des milliers de téléspectateurs.
Pour en savoir plus, un article du Parisien ici et un autre là, en attendant une chronique où je vous livrerai des histoires personnelles de victimes de préemptions à Saint-Ouen.

1789275728.pngLe sujet de cette chronique est en effet, comme l’écrivait Jérôme Charré en 2006, « mettre fin aux clichés du 93 ».
« La Seine-Saint-Denis n'est pas qu'une banlieue qui brûle par intermittence. Il existe de nombreux quartiers tranquilles au cadre de vie agréable. Les jeunes séquanos-dyonisiens ne sont pas tous à tenir les murs des cages d'escaliers, bien au contraire. Enfermer le département dans les clichés provoqués par une minorité ne fait que ghettoïser plus encore et de condamner plus durement ceux (et ils sont plus nombreux qu'on le croit) qui veulent s'en sortir. ».

Reportage de Capital + 2 jours
Actuellement en recherche active de job (pour un poste de responsable MarCom ou de directrice conseil en agence, profil Viadeo ici), je peux provisoirement chercher Fifi Brindacier à l’école ZEP de notre quartier.

Pause à La Poste. 2 jeunes encapuchés discutent

- « Marre de ces parisiens, j’en vois de plus en plus ici, pas toi ?
- Si, ils nous calculent pas et nous prennent pour des Indiens.
»
Je suis tout près, je leur souris. Ils me regardent amusés et lance le 1er mot.

- « On ne parle pas de vous, on vous connaît dans le quartier. »
Avec les Blondes, c’est vrai qu’on passe pas mal de temps à pieds à aller voir les copines et à jouer à l’aire de jeux au pied de la Cité.
- « Je ne me sentais pas visée par votre conversation, même si mon look me trahit.
»
Eclat de rire des lascars.

-
« En même temps, ne pensez-vous pas que c’est plutôt bon signe que les populations se mélangent ? Neuilly c’est un ghetto dans un sens et ici aussi dans un autre, non ? »
- « Vous avez raison, d’ailleurs, on sait bien qu’ici on n’est pas allés dans les meilleures écoles. »
- « Mais on s’en sort. On est marié, on travaille, on voudrait quitter la cité.
On a des copains qui l’ont fait, mais loin dans des pavillons, c’est plus la ville ni le quartier là-bas. »
- « Avant, on ne pouvait qu’acheter dans des immeubles plus ripoux que la cité. Maintenant, enfin, les promoteurs viennent ici il y a des grues partout, comme vous dite ça bouge, mais c’est trop cher pour nous. »


@ à suivre donc…
© rédactionnel Valérie Bernard pour chroniquesmabanlieue.com


Webographie

M6-Capital, reportage « Le 93, nouvel eldorado pour certains, qui sont les victimes ? »

ImmobilierIledeFrance.com : Seine-Saint-Denis, le département de tous les possibles - Le Nouvel Observateur

Agoravox.fr, 20 sept 06 : Seine-Saint-Denis : la télé réalité de M6 ?

Blog Jérôme Charré, 18 sept 06 : Mettre fin aux clichés du 9-3 !

Commentaires

Je ne comprends pas pourquoi M6 a voulu faire du sensationnel en présentant le 9-3 comme une zone de non droit....le CSA pourrait peut etre mettre un blame non ?

Écrit par : jef | 08 juin 2008

Eh oui, mais comme vis à vis de tous les sujets, les télés montrent les côtés choquants, bref ceux qui font de l'audimat !

Montrer des trains qui arrivent à l'heure et des gens satisfaits de leur voyage, cela n'intéresse pas grand monde.
Montrer des trains en retards, avec des gens en colère, ça oui

Écrit par : Chech69 | 08 juin 2008

En faisant revenir les promoteurs et une nouvelle population, la mairie PC permet de stopper l'hémorragie et se sert des "nouveaux bobos" pour montrer aux anciens, que ça y est, le renouvellement s'installe.
Dans le même temps, les cocos montrent partout du doigt les méchants bobos qui font monter les prix.
Pas facile de vouloir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière.

Écrit par : Leila | 09 juin 2008

Bonjour,

Merci de ton amical commentaire sur mon article sur notre département et le travail grotesque de M6 http://slovar.blogspot.com/2006/09/seine-saint-denis-la-tl-ralit-de-m6.html

A moi de te féliciter pour ton papier de fond qui remet bien les choses à leur place

@micalement

Slovar les Nouvelles

Écrit par : Slovar | 10 juin 2008

Mais arrêtons d'opposer les bobos aux cocos. Dans ta première chronique "bobos cocos, même combats" que j'ai trouvé fort pertinent,e j'ai bien aimé "le même combat" même si ce combat est tout de même inégal. Je préfèrerai être bobo à saint ouen que coco.

Parmi les bobos à cergy, il y a les bobos de gauche et les bobos de droite et je pense que c'est un autre combat que celui de Saint Ouen beaucoup moins visible, beaucoup plus subtil et incompréhensible pour tout le reste de la population. Personnellement je ne me sens pas du tout bobo comme une majorité de gens qui vivent ici. On a vraiment du mal à comprendre. Ils se trompent de combat

Écrit par : Martine | 10 juin 2008

Salut Zora, tu as été trés inspirée par Capital sur le boom immobilier en SSD !!!! du grand Zora !!!
Il y a longtemps que je t'avais pas lu comme ça... :-) il faut dire de M6 a fait fort remettre une émission d'il y a 2 ans pour boucler une émission sur le pouvoir d'achat des familles, c'est trop fort !!!

En tout cas je me suis pas poilé en lisant ton article, ah ces salauds de bobos !!! ils peuvent pas rester dans Paris avec femmes et enfants dans leurs 40 m² !
Dans le 94, c'est moins spectaculaire, mais ca bouge aussi !

Écrit par : Capitaine Flam | 11 juin 2008

@ Merci à Chech69 d'avoir répondu à Jef
Les belles histoires n'intéressent pas, sauf peut-être quand il n'y aura plus de pub sur le service public et que ces chaîne serviront à véhiculer d'autres message, à l'image de l'excellent modèle anglais de la BBC.

@ Leila
J'adore cet esprit de synthèse : tu résumes parfaitement la situation..

@ Slovar
et ben re-merci alors ;-)

@ Martine
Tu s la voix de la sagesse, continue, et si tu veux déménager, st-ouen aurait besoin de blogueur intègre et subtile comme toi.

@Capitaine Flam
Merci, ça fait cho o coeur...C'est grâce à Capital : y a avait matière...
Promis, je vais essayer de garder le rythme ;-)

Écrit par : ChroniquesMaBanlieue | 12 juin 2008

Alors voilà un très bon billet!
Ce n'est pas la première fois que je viens parcourir ce site: alors là, cette fois, je me sens obligée de commenter.


En tout cas encore bravo !!

Écrit par : recettes | 15 avril 2013

Les commentaires sont fermés.

 
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