Avertir le modérateur

19 juin 2008

Les Sardines ont la parole > Episode 3 - Chronique d'un débat

2036505312.png« Le Président de la Région île-de-France face aux usagers », c’est l’un des titres en Une du Parisien (toutes éditions) ce jeudi 19 juin 2008 (cf. vidéo et article) à l'occasion du  plan transport de 17 milliards d'investissment pour la Région, présenté par son président Jean-Paul  Huchon, ce même jeudi aux élus des départements.

Mercredi matin, nous étions cinq Franciliens (ma tignasse a faillé cacher JP sur la foto
Smiley Forum - émoticones forums) dans les locaux du quotidien national. D’abord pour préparer l’entretien avec les journalistes durant 1h30, puis pour une table ronde de questions-réponses avec Jean-Paul Huchon.

Le débat « live », un exercice difficile pour un politique plutôt de la catégorie homme de dossiers et pas bretteur ou beau parleur, forcément un peu stressé d'affronter des usagers plutôt t
inquiets et excédés.
Alors, pour vous être jeté à l’eau sans filet (un peu comme nous, les Sardines qui montons dans la 13 ou le RER A…sans être certaines
1141027696.png d'arriver) je vous dis merci, Monsieur Huchon, ainsi qu’aux équipes du Parisien pour leur maîtrise des débats.

En revanche, la 2e langue « de bois » lu-écrit-parlé, du président du STIF et de la Région IdF, ne m’a pas convaincue. Il y a même eu quelques passages dignes du sketch Le Luron / Marchais : « ce n’est pas question, oui mais c’est ma réponse. »

Impression générale des échanges, qu’il s’agisse des réponses à mes interrogations, ou à celles des autres usagers : avec JP, c’est tous les jours Noël et on ne voit pas les cadeaux !


2114822545.pngLe président de la Région IdF rejette la faute sur l’Etat et ramène l'absence d'anticipation en matière d'aménagement du territoire à des problèmes financiers. Il m’a fait l’effet de quelqu’un qui manque de vision globale et dis combien ça coûte avant de poser les enjeux.

Cette impression est sans doute dûe à la « posture » de communication de JP : il se disperse dans des détails de justifications, plutôt que privilégier une posture « d'héritage » assumé et de nous proposer des mesures d’avenir. Un peu comme s’il s’était résigné à une défaite politique pour les Régionales de 2012.

J’avais commencé à écrire ma chronique à chaud. À la lecture du journal de ce matin, je suis globalement satisfaite de la double page publiée, compte tenu de la densité des échanges, de l’espace restreint aux journalistes pour restituer et des règles du politiquement correct.

Heureusement, le blog est là pour vous faire partager (j'espère y parvenir) : making-off, anecdotes, verbatim, bref saisir l'ambiance globale d'une rencontre journalistes-politiques-citoyens, à la fois scénarisée et improvisée.


800371562.jpg La ligne 13 en particulier, le métro en général, quand on est Francilien, à l’image de cette la carte de vœux 2008 (je j’ai beaucoup aimé, bravo la RATP, idée facile mais belle créa), c’est le fil d'Ariane qui vous conduit vers les bonheurs rendez-vous avec le destin et autres premières fois… la ligne de la vie, quoi (Zora, penser à écrire une chronique Ma ligne 13...).

La ligne 13, c’est aussi la ligne des cauchemars : certains l’appellent la couscoussière, la lessiveuse, la bétaillère ou encore la Cosette de la RATP.
En traversant le périf vers le 9cube, j’ai enfin pu monter dans les trains du premier coup. Autrefois, côté force jaune à Brochant, je les regardais passer. Aujourd’hui, côté force bleue, à Mairie de Saint-Ouen, ce sont les passagers du quai « Guy Môquet » qui nous regardent presque avec envie, nous les Banlieusards du côté obscur après La Fourche, qui nous entassons avant.

Alors, quand Le Parisien m’a appelé vendredi dernier, puis confirmé lundi après-midi le rendez-vous avec le président de la
Région IdF et du STIF (syndicat des transports IdF), j’ai foncé et très vite casé mes Blondes grâce à la solidarité made in 9cube.
D’autant plus que pour aller au Parisien, pas besoin de métro, c’est à Saint-Ouen.

L’occasion de suivre la rue du Landy dans sa portion la plus en « mutation », selon la terminologie employée par les agents immobiliers. Une succession de hangars, ferrailleurs, longés par des véhicules qui foncent, et puis, planté là au milieu de la zone d’activités, un programme immobilier « Les perspectives du Sacré Cœur » avec vue 360° sur des toits en tôle ondulée (les urbanistes disent percées visuelles dans les réu publiques de mon coin de 9cube). Un instant, je me serai presque crue dans un reportage de Capital ou une émission de Julien Courbet sur « les Arnaques des vacances » quand la ménagère pleure face au vacancier et sa vue mer depuis la lunette des WC ;-).

L’impatience prend le dessus : je révise et affute les arguments de mes questions envoyées par mail la veille (mardi 17 juin soir, fichier
QuesJPHuchon_VBernard.pdf) à la rédaction du journal (parole de journaliste, JP Huchon n'a rien eu).

61000128.2.pngLe Parisien libéré, fondé à la Libération par Émilien Amaury, Claude Bellanger et M. Bloch-Mascar, tous trois membres d’un groupe de résistants appelé Organisation civile et militaire, n’est plus libéré depuis 1986, mais Parisien tout court. Tout le monde sait aussi, que celui-là, il vaut mieux l'avoir en journal (suis fan de la campagne pub).

Installé à Saint-Ouen depuis 30 ans, Le Parisien poursuit son développement et compte à ce jour dix éditions départementales (43 000 ex pour l’édition 93, la 2e après Paris à 57 000 ex) et une édition nationale Aujourd’hui en France.
Avec 1 568 000 lecteurs, dont 447 000 lecteurs cadres, Le Parisien est l’un des rares quotidiens français dont les ventes augmentent et qui réussit à résister à la concurrence des journaux gratuits (sources diffusion ici et études ).

985252634.jpgArrivée dans le hall du journal : constat habituel, je serai là seule femme, aux côtés de 4 hommes, à la quarantaine bien tapée.
Non pas que les femmes s’intéressent plus aux chiffons et moins à la politique (au sens étymologique Vie de la Cité), c’est juste qu’elles ont dû mal à tout faire (cf. chronique semaine 4 jours), et encore plus si leur temps de transport se rallongent au détriment du reste.
J’ai la chance d’appartenir à cette génération qui commence à évoluer (enfin), et surtout d’avoir Chouchou qui partage (vraiment) les tâches, chacun de nous deux, devant (équitablement) jongler entre carrière, enfants, amis et vie tout court.
Nous montons dans une salle de réunion, chaleureusement accueillis avec viennoiseries et café, par les journalistes qui animeront le débat avec nous face à JP Huchon : Laurence Voyer (responsable des éditions régionales), Carole Guechi (édition 93, économie), Nicolas Fertin (Transports, édition Paris), France Pabst (communication, plus là en observatrice de son lectorat-cible marketing) et une autre jeune femme (j’ai oublié son nom, mea culpa) journaliste-reporter d’image pour la partie web du journal.

1931330528.png Nos questions sont arrivées la veille par mail, à la rédaction des éditions régionales. Certaines sont redondantes, d’autres trop longues.
C’est pourquoi, avant de rencontrer JP Huchon pour le débat, il est nécessaire de structurer nos questions lors de cette phase de préparation et selon un plan proposé par Laurence Voyer, que nous validons et adaptons ensemble : Ligne A, ligne 13, problèmes concrets usagers, financement, aménagement territoire et coordination transport, l’avenir.
Comparez ce plan à l’article publié (ici
Leparisien_19juin08.pdf), et vous constaterez quelques aménagements entre scénarisation initiale et rendu final.

En 1h30 de réunion de préparation, sans nous connaître, chacun arrivé avec nos différents bagages culturels et sociaux, nous avons réussi à nous mettre d’accord sur un plan, à nous répartir les questions de façon équilibrée, le tout dans la bonne humeur, c’est assez bluffant.

2023628138.2.jpgC’est sans doute grâce au parti-pris de la rédaction : Jean-Paul Huchon face aux lecteurs, certes, mais des lecteurs avertis.
Quatre membres engagés dans diverses associations d’usagers des transports (SADUR, AOUT, AUT), tous experts en bi-motrice, fréquence de rames et autres détails techniques ferroviaires (j’ai appris tout un tas de mots) et une blogueuse (moâ) particulièrement impliquée sur les questions d’aménagement du territoire en IdF (ici présentation détaillée des 5 témoins avec nos fotos, si scroll tout en bas...).

Cette maîtrise d’un dossier aussi complexe, nous permettra, lors de la phase de débat de notre matinée, de titiller JP Huchon, mais aussi de dépasser le côté « affect » d’usagers souvent otages des défaillances des transports parisiens.

107209055.jpgAvant de se mettre d’accord sur le plan de questions, il y a d’abord eu de longs échanges entre nous usagers-citoyens et les journalistes sur les situations personnelles de chacun, nos attentes. En formulant nos questions, nous avions bien sûr chacun des réponses en tête.
Par exemple, pour soulager la ligne 13, à mon humble avis, cela passe au minimum (voir ma note complète
QuesJPHuchon_VBernard.pdf) par le prolongement ligne 14, jusque Saint-Ouen via ZAC Batignolles, afin de relier le Nord à l’Est (gare de Lyon à l’autre bout), mais aussi par le prolongement Ligne 4 de porte de Clignacourt à Carrefour Pleyel, la création de Arc-Express le métro tout autour de Paris afin notamment de créer des liaisons banlieues-banlieues sans repasser par Paris.

Il y quand même eu un moment où les journalistes du Parisien sont légèrement paniqués : « On va ne pas tenir le timing. On vous demande de réfléchir aux questions, pas de formuler les réponses à vos problèmes quotidiens de transports. C’est à Jean-Paul Huchon de répondre, pas à vous. »

Trois usagers-citoyens retiennent particulièrement mon attention tout au long de cette phase de préparation. Tous trois vivent en « grande couronne », comme l’un deux aime à le préciser, plutôt que « grande banlieue, trop connotée ».
2143538730.jpg « A une époque, on nous a poussé à vivre en Grande couronne, profiter de la proximité de Paris et d’un cadre de vie verdoyant. Aujourd’hui, l’offre de transport n’a pas suivi l’expansion urbaine et nous sommes des laissés pour compte. »

Un quotidien terrible, à l’image de ce que raconte différents usagers des trains SNCF de grande couronne dans L’Express : « (…) Ils sont des milliers à s'être «fait avoir», disent-ils, imaginant qu'une gare à proximité de leur domicile était une garantie suffisante, un fil d'Ariane dans leur fuite devant la pollution et les loyers prohibitifs de la métropole. Ils n'avaient pas imaginé l'attente insupportable sur des quais venteux, sans autre information que «Le train aura du retard», les heures à rattraper, le budget nourrice qui explose (…) ».

L’émotion me serre, quand mon voisin de table me raconte : « Ma fille a raté une partie de ses études à cause des problèmes de transports : retard en cours, fatigue et stress des temps de trajets incertains. »
Et pan, entre savoir et voir, l’inégalité territoriale comme une claque dans la figure.
Je me fais toute petite, le journalistes aussi se font taiseux. D’un coup, comme les autres voyageurs Paris-proche banlieue, je suis une sardine de luxe dans ma Ligne 13.

1108935446.JPGEntre nous cinq, usagers-citoyens, s’il y a bien consensus, c’est sur l’échelle des transports qui doit changer de dimension, pour être évaluée en terme de déplacements (métro, train, voiture, bus ou vélo) tenir compte des développements de population, réduire le temps de trajet domicile-travail, bref penser global à 360° et non plus « je colmate ici, en laissant saigner là. »
- « Le navire coule parce qu’on n’arrête pas de le remplir et qu’on écope avec un dé à coudre. »
- « Cela peut s’appeler Grand Paris ou autre chose (cf. chronique ici), peu importe, du moment que les décisions sont cohérentes entre elles.»

En 15 minutes, nous faisons un « filage » de nos questions. Le débat sera enregistré et Laurence Voyer nous donnera à chacun, le moment venu la parole, face à Jean-Paul Huchon.
Inquiète, je demande : « et s’il ne répond pas vraiment, ou n’est pas assez précis, avons-nous le droit de le relancer ? ». Oui, bien sûr, au contraire renchérit la journaliste Carole Guechi. C’est à ce moment, que je sens un léger désaccord : l’une à envie que tout roule comme prévu, et l’autre rêve de relance punchy.

10h45, nous changeons de salle et entrons dans une vaste pièce. Table rectangulaire, fleurs, mignardises, micros, nous sommes placés nous 5 face à JP Huchon et aux journalistes.
JP entre, on le sent sur ses garde, même s’il veut paraître à l’aise. La défaite de la France la veille est le sujet brise-glace idéal.
- « J’ai des places pour la finale, et je crois que je n’irai pas ».
Erreur diplomatique ? quand on est « privilégié » et en plus de gauche, ne doit-on pas aborder le sujet foot sans rappeler qu’on a des places introuvables gratos ?

Je suis un être humain, alors forcément, j’ai des légers a priori sur JP Huchon. Sa réponse m’a déçue, encore plus venant d’un homme de gauche, sachant bien sûr que celle-ci n’a pas « le monopole du cœur ».1205167667.jpg
Mes a-priori ? Dans la ligne des réponses formulées quelques minutes avant, quand une des  journalistes nous avait demandé : « Et Jean-Paul Huchon, vous l’imaginer comment ? »
- « On sait que c’est un politique ».
- «  Pas vraiment très communicant, travaillant ses dossiers, mais moins connu que le maire de Paris ou d’autres politiques de la région IdF. »
- « Pouvoir monter dans des trains, arriver à rentrer chez nous, même en couscoussière. On n’en est plus à exiger autre chose. Ce qu’on attend ? Que les plans soient enfin pensés à long terme, en cohérence avec les développements urbains. Le transport n’est pas une fatalité ». Nous enchaînons avec une séance de photos souvenir, avant de nous asseoir.

Rapide tour de table, chacun de nous cinq se présente rapidement. Puis Laurence Voyer donne le Go des questions à Yves Boutry, vice-président de l’association des usagers de transports (AUT) au sujet du RER A et des 12 000 signatures de sa pétition pour obtenir des rames à deux étages.

Je ne vais pas ici « vous refaire le match », seulement vous donner quelques anecdotes et autres verbatim off, l’article et la vidéo du Parisien donnent déjà tout le on.

Il y a vraiment eu 3 temps dans le débat avec JP Huchon : le temps long de langue de bois façon réponse à côté des questions par des justifications de manquement de l’Etat, le second temps de l’étincelle, que j’avoue avoir allumé pour pousser JP à répondre enfin, et le dernier temps où JP a été plus spontané.
Elève JP, peux mieux faire : soyez plus dans l’empathie, les preuves d’engagements d’avenir et moins dans la justification et vous gagnerez en crédibilité ! Aie, comme le disait une célèbre émission… Celle-là faudra pas la réinviter
Smiley Forum - émoticones forums

A la question des rames à deux étages (cf. intégral article), JP Huchon a d’abord répondu par une trop longue introduction sur le retard des investissements publics depuis 30 ans : ils ont tout investi sur le TGV sans se préoccuper du reste et notamment les trains de banlieue. Tellement longue, son intro, que je me suis dit, si c’est comme ça pour chaque question précise, nous n’allons pas disposer du temps nécessaire. Tellement longue et politicarde, que même s’il a raison sur une partie du fond, on a envie de lui donner tort tout court, pour vice de forme.

1316874832.png Le prix spécial langue de bois a été atteint par JP Huchon suite à la question de Patrick Legris, président d’une association sur le développement durable et engagé sur le RER A.
« Bussy-Saint-Georges, à côté Marne-la-vallée a triplé sa population du fait de Dysneyland et du RER prolongé et pourtant ces gares sont desservies comme depuis 1992 à l’ouverture du Parc. »
Là, notre JP est parti en voyage, loin, très loin, sur les terres d’investissements énormes financés par la Région, mais… sur d’autres lignes, de bus, ailleurs, loin del a question sur le RER A.

JP nous a aussi parlé des longues enquêtes publiques, des appels d’offres européens indispensables, mais qui prennent du temps, encore plus quand des associations d’usagers font valoir leurs droits, comme à Noisy-le-sec par exemple.
Pas de chance, je connais le dossier, j’interromps : c’est tout un quartier qui demandait l’évolution du tracé pour éviter expropriations et nuisances. Le rôle du politique, n’est-il pas aussi de penser aux intérêts de TOUS les citoyens ?

Mon voisin de table et moi, un peu paniqués, sommes lancés dans une apparté : « bonjour les dégats si tout le débat est comme ça, c’est pire que le sketch Le Luron / Georges Marchais ».

Et puis, l’oreillette subliminale de JP a dû le piquer. Alors, il nous a sorti une phrase terrible : « tout d’un coup la crise du RER A est arrivée ». JP a gentiment balancé sur ses prédécesseurs (de droite) à la Région IdF. Comme si de 1992 à 2008, la Région était un vaisseau fantôme et surtout mal géré avant lui.

924215042.png Intérieurement, je me dis : «  JP, t’as de la chance, je suis sur la 13. Mais si j’étais sur le A, je t’aurai coupé la parole et envoyé un : Y a pas que les transports dans la vie, rappelle moi depuis quand tu es président le Région Idf à l’insu de ton plein gré depuis 2001 ? Tu ne les connaissais pas les projets urbain, là-bas dans le 77 loin de tes bureaux du 7e arrondissement de Paname ?
Tu sais là-bas, ils n’ont pas chauffeurs pour aller travailler, il leur faut des transports en commun.
»

A Victor Etienne, qui emprunte la dernière ligne SNCF à locomotive diesel en IdF (cf. article L’Express), avec des plages de 5 heures sans desserte, JP Huchon répond que des améliorations seront opérationnelles dans 18 mois. La faute à l’Etat qui n’a pas donné d’argent avant au STIF (syndicat des transports IdF qui coordonne SNCF + RATP et autres), sans oublier que c'est aussi de la faute de l’Etat si JP n’est le patron des transports que depuis 2 ans.

Heureusement, le journaliste face à moi me voit bouillir et va mettre son grain de sel : « Monsieur Huchon, avant d’être au STIF, vous étiez bien président de Région, le job vous l’avez accepté, non ? ».

Tout au long des échanges, une constante demeura chez JP Huchon : nous lui posons des questions de vision, d’enjeu et il nous répond sur des listes de coût que personnes ne veut honorer, surtout pas l’Etat. Ou encore des listes de sommes investies, comme pour se justifier, encore et encore, sans proposer, ou si peu.

56140481.jpg Une phrase culte me restera en mémoire, celle de Victor Etienne, elle résume bien la tonalité des échanges : « on n’a pas le train du présent, mais on pense déjà à celui du futur ».

Quand
Ali Bensaid (président de SADUR, association usagers lRER D) a demandé à JP, sur ton un neutre et pas du tout accusateur : « Monsieur Huchon, êtes-vous venu en transports en commun ? » JP nous a raconté longuement et en détails son emploi du temps compliqué et très prenant.
Ç ‘aurait été tellement plus simple et convivial de nous répondre en une phrase humble, du style : chaque fois que je peux, je prends les transport en commun, pour être au plus près des usagers, mais ce matin j’avais un enchaînement de rdv un peu compliqué et j’ai du venir en voiture.

Ça m’a rappelé un ancien job, de mamanager-jongleuse, face à une boss sans enfant et sans vie privée. Au lieu de dire le soir « là je dois partir ». Je commençais d’abord par lui raconter mes contraintes de jeunes maman, alors qu’elle n’en avait rien à faire et ne pouvait les comprendre, ensuite elle me reprochait de me justifier.

A ma question, « ce qui se passe est intolérable, comment soulager la ligne 13 », JP a commencé par parler du système Ouragan qui avait été retardé à cause d’un problème de fournisseur.
Là, j’avoue, j’ai un peu été impolie, mais je lui ai coupé le sifflet : « Monsieur Huchon, Ouragan et les portes palières, ce sont des pansements sur une jambe de bois ».
Les projets d’urbanisme, sont connus depuis longtemps, la population augmente, il y a des grues, partout, qu’allez-vous faire ?

387512192.jpg Le prolongement de la Ligne 14 de Saint Lazare à Saint-Ouen est acté pour JP. Pour d’autres et moi, c’est insuffisant. Surtout quand on sait que le trafic augmente de 6% par an en moyenne dans le métro en général, sans compter l’afflux de trafic à venir avec les projets urbains Docks de Saint-Ouen, ZAC Batignolles-Cardinet et Plaine-Saint-Denis.
Cela est d’autant plus vrai que JP prend soin de nous expliquer que ce prolongement de ligne 14 réduira le trafic de 15 à 20% sur la ligne 13.

Sur la ligne 4, JP n’a pas répondu et sur le métro autour de Paris, oui.
Oui, parce que la journaliste a surenchéri en demandant de s’engager, par anticipation du rdv du lendemain (càd jeudi) de JP Huchon avec les élus des départements sur le plan transport (cf. info web Région IdF) : quand et où passera le métro autour de Paris ?

JP Huchon « n’est pas favorable à un système qui double le périf parisien, il préfère une RERisation de ce métro ». A savoir, un éloignement avec Paris et grandes distances entre chaque arrêt, le tout dans « un maillage de radiales » (des lignes classiques de métro et de tram). Cool, la blogosphère citoyenne, on apprend des mots tous les jours.

Ali Bensaid, s’est plaint de la « métroïsation du RER ». Signifie pas assez de trains directs, trop d’omnibus qui s’arrêtent partout, rallongeant les temps de trajet de la grande couronne au profit du raccourcissement des trajets proche banlieue.
J’ai adoré la tête de JP, quand Ali Bensaid a déclaré « dans RER, il y a Express ». On aurait pu mettre une bulle au-dessus de la tête de JP : « au secours, les usagers m’assaillent ». Il s'imaginait quoi, JP ? Comment l'a-t-il préparé cet entrerien ?

Reconnaissons que c’est un job difficile que ce débat live et que JP a eu le mérite d’y participer, c’est d’ailleurs « bonne perdante (sans mes réponses) ce que je dis à la fin de la vidéo visible ici.

Les journalistes du Parisien ont été, faute d’espace suffisant (une double page avec photos), plutôt sympas, factuels, dans les chiffres, sans pouvoir mettre en exergue le détour de trajectoire d’Huchon, avant de formaliser ses débuts de réponse plus ou moins satisfaisants.

1084617506.pngJP a frôlé l’électrochoc quand j’ai expliqué que ses propos sur « la crise du RER A arrivée d’un coup » m’ont choquée.
« Avez-vous peur du Grand Paris Monsieur Huchon ? S’il y avait un pilote dans l’avion qui détient la vision globale des enjeux du territoire et les clés du porte-monnaie, les transports seraient enfin en adéquation avec le développement urbain. »

JP a botté en touche en parlant de remplacer le STIF (syndicat transports IdF), par le SDIF (syndicat des déplacements IdF), pour ne plus se limiter aux transports, mais englober vélo, voiture, métros et train. Yves Boutry, vice-président de l'AUT, nous rappelle que cette structure SDIF existe à Londres et regroupe aussi taxi et stationnement.
Je n'ai pas la parole, mais j'aurai aimer rappeler que le Grand Londres pilote la cohérence urbaine, contrairement à nous, où la Région IdF constitue une plus grande échelle et Paris trop petite.
JP se retranche à nouveau derrière les autres : pour créer le SDIF, il faut une loi, cela passe par le Parlement.
Un journaliste renchérit : « pas de patron dans les transports, avec vous on est dans le constat ».

Pour la cohérence urbaine, JP Huchon nous renvoit au schéma directeur (SDRIF) qui est validé et très complet, sous-entendu grâce à la Région, grâce à lui.
Quand je balance au passage « la consultation du SDRIF n’a recueilli que 5 000 avis de Franciliens environ, pour 11 millions d’habitants », ça ne plait pas du tout à une dame assise derrière. Elle rumine à haute voix derrière nous.
Suspens, qui est-ce ? Je vais vite l’apprendre et vous aussi.


Bref, pour JP Huchon, si j’ai bien décrypté, pas besoin de Grand Paris, c’est la Région qui pourra tout régler avec son nouveau schéma directeur, le SDRIF récemment approuvé.
À écouter JP, tout va bien. Enfin... JP feuillette nerveusement ses dossiers, brandis ses tableaux face à moi et hausse le ton :
- « regardez, tout est là, 10 ans d’enquête, 10 ans pour réaliser le SDRIF . Y en a marre qu’on dise Huchon, il est mou du genoux ».

- « Monsieur Huchon, moi je n’ai jamais dit ça, je dis seulement qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion, un manque de cohérence entre urbanisme et déplacements. N’est-il pas temps de réfléchir à autre chose, vous avez peur du Grand Paris ? »

1062377448.jpgPas de place ? Hors sujet ? Trop polémique ? Le Parisien dans son article a carrément coupé le passage sur le SDRIF, et sauf erreur de ma part, les mots « Grand Paris » n’apparaissent pas dans la double page.

Et pourtant, ça été l’un des temps forts du débat. JP, t’as de la chance, c’était du « faux live », mais si on avait eu un débat en « vrai direct ».
Vous auriez sans doute rigolé quand JP Huchon a déclaré, au sujet de Roger Karoutchi (prétendant UMP pour piquer la place de JP en 2012 à la Région IdF) favorable à l’emprunt populaire pour financer les transports : « s’il est pour, c’est juste pour m’emmerder ».
Dallas, Dallas, poum poum, euh pardon.

Grand moment aussi quand JP Huchon parle d’une possible future taxe à créer pour financer les transports en IdF :
« On peut appeler ça un PPP si vous êtes libéral ou une rentre foncière si vous êtes de gauche. Le principe consiste à financer les équipements avec la plus-value foncière ».
Hey, JP, vu que tu es ravi de profiter des plus-values, alors dit, tu es comme « ton ami » Bertrand Delanoé, tu es « libéral et de gauche » ou bien simplement schizophrène et de gauche qui ne reconnaît pas l’économie de marché, mais qui veut récolter les fruits ?

Heureusement, avec JP, nous trouvons un terrain d’entente sur les membres du STIF (les départements) qui ne participent pas tous au mêmes niveaux de contributions financières. Là encore, pour partager les richesses d’une taxe professionnelle unique, il faudrait une loi de l’Etat, et JP n’y est pour rien.
L'entretien touche à sa fin. Je suis en empathie avec JP : on dirait qu’il possède un super game boy dans les mains, mais qu’il n’a pas trouvé le mode d’emploi des manettes, des méchants l’ont volé et jouent à sa place.

JP a de la chance, pas eu le temps de caser ma question sur les motivations de la grande campagne de com (du STIF comme une marque à part entière) ainsi que celle de la Région IdF, alors que les transports manquent de moyens.

J’espère que JP gardera (quand même) un relatif bon souvenir de ce débat, même si une chieuse de la ligne 13 était là…

J’espère que JP mettra en œuvre les bonnes idées de Patrick Legris concernant l'amélioration de l’information (utiliser les sous là, plutôt qu’en pub), par exemple en « formant les usagers à bien se comporter en cas d’incident et diminuer les retards. ».
Ou encore, la proposition d’Ali Bensaid, de « prévoir des rames et des bus vides en sus et en attente, comme un plan B en cas de panne sur les réseaux. »

1402286964.jpg Ce qui est sûr, c’est que la Dame fâchée derrière notre table, s’est précipitée sur moi le débat terminé. J’étais encore assise. Elle, le verbe haut, presque menaçante par son ton et sa position debout :
- « Je ne savais pas que Le Parisien pouvait inviter des gens comme vous. Vous êtes Karoutchiste. »

-
« Non, je ne fais pas vraiment partie du fan club de Roger (Karoutchi), je ne partage pas sa vision du Grand Paris. Je n’apprécie pas cette forme de dédain des Hauts-de-Seine pour le 93 qui aurait mal géré, alors qu’il acceuille des populations avec beaucoup moins de ressources que le 92 ».

Son ton monte, elle me fait presque peur.
-
« SI SI, vous êtes FORMATEE, vous utilisez une charte de langage bien précise. Moi je ne suis pas encartée ».
-
« Sur la tête de mes enfants, Madame, je ne connais pas cette charte de langage, je ne l’ai jamais vue, je ne sais même pas de quoi vous parler. »
- « Si, vous savez très bien, vous avez les mots de la charte, vous êtes pour Karoutchi : « pas de pilote dans l’avion et les clefs du porte-monnaie, c’est la preuve. Vous êtes formatée. »

Amis lecteurs et lectrices, Zora la Rousse est un robot, Les Envahisseurs sont parmi nous, on les reconnait à leur charte de langage. L'expression n'est plus libre.

- « J’emploi ces mots, parce que ce sont ceux de Philippe Dallier qui propose des solutions que je trouve pertinentes sur le Grand Paris et d’ailleurs Karoutchi n’est pas vraiment d’accord avec lui. »

Chaque fois que la dame prononce Karoutchi, son intonation et son regard, donne l’impression que le secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement et concurrent UMP de JP Huchon, est une sorte de mécréant.

1305883746.png - « Je suis une citoyenne qui a fait le choix de s’installer en Seine Saint-Denis en famille. Et vous, Madame, vous êtes du cabinet de Jean-Paul Huchon ? Vous habitez où ? »

La dame fâchée se calme et me donne sa carte. JP Huchon se rapproche pour me dire au revoir.

On en restera là. J’avais bien envie de lui dire pour conclure : « Madame, et quand bien-même je serai adhérente d’un parti, peu importe lequel, cela ne m’enlève pas mes droits civiques, je reste une citoyenne., au même titre que les autres. J’ai le droit de m’exprimer ».

Un journaliste du Parisien me confie : « elle est furieuse contre vous, elle pense que JP Huchon a été moyen à cause de vous. Nous, on est ravi de vous avoir, il faut des gens qui ose poser les questions. »

J’ai passé une super matinée, à échanger sur un sujet qui me passionne l’aménagement du territoire, découvert des journalistes hyper pros et des usagers très engagés. Sans oublier l'interview vidéo ici.
Je me suis aussi fait une copine et je ne sais pas, si du coup Le Parisien me réinvitera.
Smiley Forum - émoticones forums


Epilogue : tous otages des politiques ?
Je marche, l’air de rien avec mes Blondes et capte au passage une conversation, sur le trottoir devant le café de mon coin de 9cube :- Le Grand Paris, de la foutaise.
-
« Les Cocos ici, à Auber ou Saint-Denis ne se sont jamais vraiment battus pour la  ligne 4 et 13.
- C’est pas leur intérêt. Si les transports deviennent plus conforts, ça va devenir Neuilly ici et les cocos ne seront pas réélus.
- Ouais, t’as raison. Et pis, les gens de Neuilly, après ça, ils auraient nulle part pour mettre leurs pauvres, alors eux aussi, ils font tout pour qu’on reste comme ça.
»

@suivre donc.
© rédactionnel Valérie Bernard pour chroniquesmabanlieue.com.

 

Webographie

Sadur.org : association de tous les usagers du RER D

Aut-idf.org : Association des usagers des transports

Pétition : ensemble pour la ligne 13

Pétition RER A

RATP.fr

Région Ile-de-France : transports en commun, un plan de mobilisation historique
SDRIF : schéma directeur d'aménagement de la Région IdF.

20Minutes.fr, 19 juin 08 :
Huchon chiffre à 18 milliards d'euros les besoins d'investissements transports en IdF.

La Tribune.fr, 19 juin 08 : Transports en IdF, 18 milliards d'euros de besoins annoncés.

Le Point.fr, 19 juin 08 : Huchon chiffre à 18 milliards d'euros les besoins d'investissements transports en IdF.

L’Express.fr
: Le train, quelle galère !

Thierry Le Luron.net : retrouver vidéos, sketch



Commentaires

Bravo pour l’article (très vivant)
Et merci, pour les citations et les liens vers nos associations

Écrit par : Ali | 21 juin 2008

Merci, j'ai découvert votre blog grâce à 20minutes. Bravo pour vos engagements et votre fine plume.
C'était un peu long à lire, c'est vrai, mais c'est comme si j'avais été là et j'ai passé un bon moment à vous lire.

Écrit par : Usagère | 21 juin 2008

On nous avait promis un train toutes les 5 minutes de cergy à Paris cela a été noël très peu de temps et maintenant la galère est revenue et c'est pire qu'avant parce qu'avec l'augmentation du coût du pétrole il y a de plus en plus de gens qui prennent les transports en commun. Résultat on voyage debout serré, les trains ont du retard.... des sardines ou du bétail.... Bises Zora

Écrit par : martine | 21 juin 2008

Un seul mot : BRAVO !!!

il n'y a rien à rajouter, tout y est.

J'habite le 77 et depuis 30 ans galère dans les transports en râlant de plus en plus.

Il y a longtemps qu'on ne croit plus au Père Noël mais on se rend compte que les politiques, quel que soit leur bord, n'ont aucune notion du terrain et des conséquences de leur politique d'urbanisation et de l'état catastrophique des moyens de transport qui ne suivent pas.

Et pour cause : améliorer le quotidien des sardines est moins glorieux que d'obtenir le record mondial de vitesse avec le TGV !

Ah, on va me dire aussi que je suis "formatée", hein Zora ?

En tous cas un grand MERCI pour cette page qui est un régal à lire !

Écrit par : skratty | 22 juin 2008

j'ai tout lu !
j'adore, incroyable toutes ces coulisses...

Écrit par : Marie | 24 juin 2008

Merci mille fois pour votre article !

Tous mes encouragements pour continuer a vous battre dans le bon sens !

Mes problemes ne furent pas les memes que les votres ( 4 a 6 heures de transport en commun quotidien pendant 3 ans . . . ), mais ce qui fut mon combat est exactement le meme que le votre, et vous le menez au mieux
( meme si vous n'etes qu'une 'sardine de luxe' par rapport a ce que j'ai vécu )!

J'ai fini par quitter la region parisienne, ou je voulai travailler ( mes pieds n'en pouvaient plus de passer 16 heures par jour dans les chaussures, et mon cerveau n'en pouvai plus de manquer de sommeil, malgre l'immense bonheur de faire partie de 'la france qui se leve tot' chere a notre nain de jardin presidentiel . . . )

J'ai meme quitte la france au passage, pour vivre dans un lointain pays ou je peux travailler pour vivre correctement avec 500 euros; sans avoir a supporter les medias qui parlent chaque jour du nain présidentiel.

Je ne suis plus une sardine, qui en plus de respirer la pollution et de payer 100 euros par mois de carte orange pour avoir le privilege de manger des centaines de publicités tous les jours sur le trajet du travail, doit choisir entre charybde et scylla au moment de voter pour se faire en****r pendant 5 ans . . .

Cependant je continue le combat a ma facon en ajoutant le feed RSS de votre blog sur mon site web ( http://paris.feeder.ww7.be ) pour que d'autres personnes décident de continuer le combat en vous lisant.

Écrit par : neofutur | 21 octobre 2008

@ Tous et toutes
Merci de vos encouragements.

@ Neofutur
Les pubs sur le quai restent l'un des rares moments d'évasion quand écrabouillée dans mon wagon de ligne 13, je n'ai pas la place d'ouvrir mon bouquin du moment.

Écrit par : ChroniquesMaBanlieue | 22 octobre 2008

Bravo pour ton blog et longue vie

Écrit par : aspirine93 | 22 janvier 2010

Un article vraiment très très bon que tu as écrit là!
Je le trouve très bien
Est ce que tu écriras encore sur le sujet ??
Bref, encore bravo, et à bientôt.

Écrit par : http://www.poele-et-bois.com | 01 février 2012

Bravo pour ce billet!
L'un des plus cools et étayés à ce propos qu'il m'ait été donné de lire.
Est ce que tu prévois d'en rédiger d'autres sur ce sujet ?
Bye bye.

Écrit par : Cadeaux noel homme | 07 novembre 2012

On se demande ce qui a changé depuis 2008 ?

Écrit par : De mon canapé | 16 novembre 2012

On en veut encore avec autant d'humour. Continuez.


En stock. Forfait remplacement remboursé. P> Tri:--Le moins composants. Il en va de la nappe et du boutons volume puissance tarte Re. Voir ce produit 34,90? En stock Voir ce domaine qui feront de votre matériel et de ces pièces. Progiciel de réparation dans la Viennent de la nappe en atelier.

réparation iphone

Forfait montage iPhone réparation iphone 4S. IPhone 3GS. L'IPhone 4. Remplacement Bouton Home iPhone 4S. IPhone 4. Service À La Clientèle. accessoires

Écrit par : réparation iphone 4s | 26 juillet 2014

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu