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08 octobre 2008

Mixité sociale : pourquoi ?

LiberteEgaliteFraternite.jpgIl était une fois un samedi, il y a quelques semaines, une conversation qui démarre l'air de rien, comme une brève de trottoir.

Soleil, nous sommes des centaines à faire la queue pour s’inscrire au Vide-grenier des MACAQ, dans le nouveau parc des Batignolles. Le terroir de mon enfance. Retour sur les lieux
du crime...Clin d'oeil


Plongée dans « Les Identités Meurtrières », d’Amin Maalouf, je remarque tout de suite les deux Yuppies qui papotent Keuros et ratios.

Julien, le président de l’association organisatrice, monte sur un banc et hausse la voix : « Cette année ce sera long, mais on s’est mieux organisé, profitez-en pour faire connaissance. Le premier objectif de nos manifestations c’est de créer du lien social ».
J’observe les rictus alentours à l’évocation des termes, en particulier sur les visages de mes deux voisins. De toute façon, je n’arrive plus à me concentrer sur mon bouquin.

- « Bonjour, ça fait longtemps que vous habitez le quartier ? »
Aie aie, leur mines crispées respirent
à plein nez : « pourquoi elle nous parle celle-là ».

- « Ben oui, le gars là-bas vient juste de nous dire d’en profiter pour créer du lien social. »
- « 5 ans. »
- « Ça vous plait ? ». Vu le ton sec, je voudrai au moins être rassurée
Clin d'oeil : sont-ils heureux ?
- « Ah ouais, super des enfants, des familles, des boutiques sympas. Et vous ? »
- « Du côté de mon grand-père, cinq générations, et moi pendant mes 30 premières années. C’est fou comme le quartier change. »
- « Ah, bon comment ça ? »
- « Il a été très populaire, puis populaire, mélangé, ensuite tendance Bobos comme on dit, et maintenant bourgeois tout court. »
Je sais, suis volontairement titillante… et ça m’amuse
Clin d'oeil, d’autant plus que j’ai le ticket numéro 115 et que le monsieur annonce 2 heures d’attente avec les 2 yuppies numéro 57., pendant que Chouchou et les Blondes découvre le parc et les aires de jeu.

-
« C’est quoi le quartier idéal ? » Ça y est, ce seraient-ils pris au jeu ?
-
« Pas facile votre question. La mixité sociale, faire que les univers et les gens de différents horizons se fréquentes, qu’on se sentent bien et pas isolé dans son quartier. Ghettos de riches ou de pauvres, non à l’entre-soi. »

- « Ça sert à quoi la mixité sociale ? Vous ne pensez pas que c'est une cause perdue ? »
Gloups. Je n’ai plus envie de jouer là. Je reprends des forces. Puis, je me relance : -
« Ben, c’est juste les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. Vivre ensemble, dans la paix urbaine pour que grandir à Batignolles ou de l’autre côté du périf offre le même potentiel de réussir sa vie. Pourquoi, vous préférez le retour à la monarchie avec les seigneurs et les cerfs ? »

Silence pesant. Zut, j’ai je crois que j’ai plombé
Clin d'oeil l’ambiance… Soudain, une petite voix cassée s’immisce dans la joute verbale. Je me retourne et me trouve face au sosie des Vamps, sans les mi-bas : - « Messieurs, n’allez pas nous décourager cette jeune demoiselle »
-
« Oh, pas trop de risques, elle a l’air déterminée. »

N°57, numéro 57 ? Nos yuppies sont partis s’inscrire et j’ai repris ma lecture.

« Les Hommes de bon sens avanceront d’un pas vers l’évident terrain d’entente, à savoir que le pays d’acceuil n’est ni une page blanche, ni une page achevée, c’est une page entrain de s’écrire. »

Amin, à certains moments, lorsque je tente de faire ce que vous appelez « mon examen d’identité », je me sens parfois apatride : plus tout à fait bourge, choquée par certains de leurs problèmes de riches, pas vraiment prolo, ni minorité opprimée, non juste coincée entre deux mondes qui ne communiquent plus et que je voudrais voir bien sûr se rapprocher.


Epilogue :
Si j’avais eu le wi-fi, j’aurai pu disserter
Clin d'oeil avec mes Yuppies sur la définition Wikipedia de la mixité sociale...

Consiste, en une zone géographique donnée, en ce que des personnes issues de catégories socio-professionnelles différentes (niveau de vie, cultures et/ou origines nationales ) se côtoient, ou cohabitent.
La mixité sociale engendre des quartiers hétérogènes peuplés d'habitants distincts par leurs revenus ou leurs origines. Le brassage social est facilité par les législations, mais aussi par les acteurs sociaux comme les églises, les partis politiques, ou les associations. Les acteurs économiques, et notamment les entreprises, jouent aussi un rôle en termes de mixité par leur politique de recrutement de main-d'œuvre. A l'inverse, les quartiers homogènes regroupent une classe sociale, ou une communauté, précise. La ségrégation socio-spatiale est favorisée par la dynamique du capitalisme qui génère des quartiers très différenciés en termes de revenus, et des concentrations de minorités ethniques et de populations paupérisées dans les banlieues des villes. Les ghettos sont l'emblème de ces territoires de rélégation. Les enclaves "dorées", dotées d'une population plus riche que celle des quartiers environnants se multiplient aussi, les gated communities sont ainsi des quartiers fermés de murs, surveillés, et dont les habitants sont cooptés. On est évidemment là aux antipodes de la mixité sociale.

En France, dans le cadre de la loi du 13 juillet 1991 d'orientation pour la ville, la mixité sociale est envisagée comme un moyen de diminuer les exclusions et ce qu'on appelle la fracture sociale. La mixité sociale en France serait l'équivalent du melting pot américain. Néanmoins, si les Etats-Unis sont le pays du melting pot, ils sont aussi celui de la gated community...

Ou partager avec eux cet article du Figaro qui (re)pose cette équation impossible : comment faire qu’à Saint-Ouen et dans d’autres banlieues, il y ait plus de mixité sociale, un niveau scolaire plus élevé, le retour des commerces fermés (pas de fromager, caviste ou poissonniers) faute de clients… sans pour autant repousser les pauvres plus loin ?

En France, la dernière enquête menée par TNS-Sofres, pour le compte de l'Institut pour le logement de Nexity, dévoile qu’un Français sur quatre ne « souhaite pas le mélange de population ».
Parmi ceux qui soulignent l'importance de la mixité ethnique, ils ne sont plus que 22 % à la privilégier à l'échelle de leur quartier, lui préférant le mélange des générations.
Seuls les 18-34 ans se montrent plus ouverts à la diversité ethnique autour d'eux, puisqu'un tiers l'encourage dans son quartier. Le désir de mixité augmente aussi avec le revenu. Ce sont finalement les couches populaires qui s'y montrent les plus rétives.
«
Comme si l'arrivée de population plus aisée ne ferait que souligner la relégation qu'ils vivent, comme si cela pouvait les déposséder de leur quartier », explique TNS-Sofres.
Dans une société française désormais focalisée sur le clivage d'argent et le pouvoir d'achat, la communauté de destin dans le quartier rassure. «
En ce moment, il existe une demande d'entre-soi, mais il serait démagogique de suivre l'opinion », fait valoir Robert Rochefort, du Crédoc, chargé de réfléchir à l'avenir du logement pour l'institut Nexity. « La logique du marché - avec une segmentation sociale marquée, des prix au mètre carré qui amènent des personnes de même standing dans un quartier - conduit vers la ségrégation », met en garde le sociologue.

Or la mixité n'est pas seulement une belle idée, à en croire les études conduites par le sociologue Hugues Lagrange sur des cohortes d'adolescents. Dans les quartiers populaires, lorsque la proportion de cadres et de professions intermédiaires dépasse, même très légèrement, les 5 %, « la probabilité d'être impliqué dans des délits baisse systématiquement. »

En clair, il suffit de très peu de cadres pour créer un effet d'entraînement positif. Reste qu'aujourd'hui, nombre de quartiers sensibles des banlieues ne comptent pratiquement plus de professions intermédiaires. En revanche, à Paris et dans les agglomérations qui disposent d'un centre attrayant, la mixité se maintient mieux.
En réalité, Le Ghetto français, récemment évoqué par le sociologue Éric Maurin, se manifeste surtout, aux deux extrémités, pour les plus riches et les plus pauvres, selon une enquête tout juste conclue par Edmond Préteceille, chercheur au CNRS (La Preuve des inégalités, éditions des PUF). En revanche, la mixité se maintiendrait, voire progresserait, ailleurs, selon cette enquête menée sur la base des recensements de 1990 et 1999 en Île-de-France. Le chercheur parvient à un indice de mixité sociale de 20, sachant que 100 montrerait une ségrégation totale et 40, une mixité ethnique (sur la base des immigrés et des Français par acquisition). On est encore loin des taux de ségrégation observés aux États-Unis, mais la mixité sociale s'effrite à mesure que les prix de l'immobilier s'envolent.



mire.pngPatience (encore et encore, je sais...) : tout un tas de chroniques prêtes à déguster dans mon cabas de mots, dont celle sur les coulisses et autres scoops du Medef, ou encore une autre sur une brève de trottoir mixité sociale, sans oublier le documentaire de Yamina Benguigui... Alors je vous dis à très vite…


@ suivre donc...
© rédactionnel Valérie Bernard pour chroniquesmabanlieue.com

 

Commentaires

Aussi bourgeois étaient-ils, les 2 yuppies faisaient néanmoins la queue pour s'inscrire à un vide-grenier!

Écrit par : sheily | 09 octobre 2008

@ Sheily

Merci : tu as raison, yuppies, tendances et... métrosexuel : ils faisaient la queue pendant que leurs femmes s'occupaient des enfants dans le parc, sachant qu'ensuite (ça je ne l'ai pas raconté, les yuppies m'ont bien expliqué que ce vide-grenier était le "nouveau délire" de leurs nanas".
Ah, collage d'étiquette(s) quand tu nous tiens parfois à l'insu de notre plein gré, Zora arrête de plonger ;-))

Écrit par : ChroniquesMaBanlieue | 09 octobre 2008

@ Zora bien sûr,
La "mixité sociale", c'est simple finalement : vivre ensemble. Et là tout va bien.
Et bizarrement ça se complique quand on dit que cela signifie aussi que les différences (sociales, culturelles,...) peuvent cohabiter (bon là ça passe), mais aussi dialoguer (là ça coince un peu) et encore échanger (là, gros problème).
Des urbanistes, des politiques (...) se cassent la tête dans certaines villes pour recréer les conditions de la mixité, essentiellement par le mixage de l'habitat social, accession à la propriété et privé. Et c'est difficile et long car pendant des décennies, une fâcheuse dérive, contre laquelle personne n'a vraiment lutté, a séparé au lieu de mixer. Paupérisation d'un côté et "liberté, égalité et fraternité" de l'autre.
Bien souvent la mixité sociale est une réalité totalement oubliée et y revenir est un défi, voire même LE défi.
D'où le GRAND intérêt de votre blog, qui incarne la perméabilité des idées ET le charme continu des escarpins...

Écrit par : damien | 09 octobre 2008

comme toi je me sens parfois apatride sur le coup.
Parfois comme tes 2 zigues, je me dis que c'est un concept auquel peu de monde croit, un peu vidé en somme.
mélange moi même d'immigrés et de bourgeois parisiens, je me sens bien dans ma banlieue et j'aimerai que çà soit le cas de tous,
Dommage que certains la regarde de haut, dommage aussi qu'elle baisse elle même la tête parfois. Comme si la mixité se heurtait aussi bien au mur des bobos que sur celui des quartiers. Les 2 mondes semblent croire que la mixité est impossible.
Mon quartier, mixte, entre "zone" et partie "riche" de ma ville prouve que pourtant c'est possible... à condition que ceux qui y vivent continuent d'y croire. Et çà quand j'écoute les jeunes du collège, çà me semble le combat de demain!

comme le dit Damien, merci d'y contribuer.

Écrit par : minimoi | 09 octobre 2008

la mixité sociale c'est bien pour ceux qui la veulent, mais qu'ils évitent de l'imposer aux autres. ça va 5 minutes mais au delà...

Écrit par : jules | 09 octobre 2008

La mixité sociale, tout le monde n'en veut pas, même en banlieue. Chez moi, les habitants regardent bien souvent les gens de la tour d'en face en chien de faïence...

Écrit par : MonNanterre | 16 octobre 2008

Intéressant cet article qui soulève un vrai débat !

Écrit par : Citation | 24 février 2009

La mixité sociale est une invention visant à détruire l'unité des quartier populaire, au lieu de lutter contre la misère on s'efforce de la répartir équitablement... il n'y a pas plus débile et hypocrite comme concept, diviser pour mieux regner ?

effectivement enménagé dans un quartier riche, étant pauvre nous fait sentir encore plus pauvre et à l'écart... on est comme transporter dans un autre monde sans attache culturelle ni valeur ni identité semblable, un mouton noire au milieu du peloton.

il faudrait mieux déplacer l'argent que les populations... viser à réduire la misère plutot que la répartir pour la dissimuler et l'occulter...
En réalité ce que les bobo et la classe dirigeante appel "guettos" avec une tonalité très péjorative, autrefois les gens de gauche l'appelait avec des termes valorisant comme des "bastions" et cela change le regards meme que les gens ont de leurs quartier. Habiter dans un quartier populaire a une âme, une identité, une culture propre, une créativité propre. la mixité est le meilleure moyen pour casser cette logique, et orchestré l'embourgeoisement des quartiers et deplacer des populations plutôt que de mettre les moyens et de concentrer les moyens sur des quartiers populaire en améliorant leurs conditions de vie. Une ville comme Paris est un bon exemple : les arrondissement ont tous un art de vivre, une identité, parce que les population qui y vivent sont plutot homogène et se qui fait toute la beauté et la richesse de Paris, dilué les gens entre eux et le meilleurs moyens asseptisé tout le monde. de détruire le lien sociale justement et de créer des tribus et autre petite bulle éparpillée qui ne se fréquente pas et ne parle pas... Meilleur exemple : les quartiers anciennement populaire boboisé, croyez vous que les bobo fréquente les memes établissements ? sortent dans les memes lieux ? discutent et font connaissance avec des gens qui leurs sont étranger ? la réalité et là, cessons de croire bêtement aux bisounours, et cessons de se faire avoir sur ce concept de mixité sociale qui n'est qu'une arme de plus de la bourgeoisie pour diviser la classe ouvriere et populaire, et aujourd'hui le comble c que c la gauche qui mène cette politique...

Écrit par : Karim | 03 juillet 2013

Les commentaires sont fermés.

 
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