Avertir le modérateur

30 octobre 2008

Diversité, mixité, laïcité... Dialogues avec Fadela Amara

Octobre 2008, c’est un triste anniversaire, celui de la mort de Zyed et Bouna, deux jeunes garçons de Clichy-sous-bois en Seine-Saint-Denis, puis des émeutes des banlieues françaises.
Cet anniversaire a aussi entrainé une prise de conscience. Toutefois, fallait-il passer par ces drames, ces voitures, écoles, gymnases et espoirs détruits ? Faut-il même célébrer cet anniversaire, comme s'interrogeait ici le blogueur Jean-Paul Chapon en octobre 2006 ?

P1020304.JPG Simple ménagère, manager et néanmoins citoyenne, je n’ai pas de solutions, juste un constat, des regards, à vous faire partager.

Tout comme j’ai pu le faire au
Women's Forum for the economy and society, lorsqu’après le dialogue Fadela Amara / Mercedes Erra, j’ai pu participé aux questions réponses. Retrouvez ci-après chronique et vidéos.


Clichy sous-bois, comme tant d’autres en France, une banlieue enclavée du Nord de Paris, à peine desservie par des bus à 3 chiffres, loin du métro et du RER. Les bus à deux chiffrent s’arrêtent au périf, et poursuivent leur chemin à vide, pour finir se garer dans des entrepôts en banlieue, je vous le répète assez sur ce blog.

Ce triste anniversaire, des émeutes de 2005, nous rappelle que la peur, voire la haine de l’autre, vient souvent de l’entre soi, de la ségrégation territoriale.
A force de vivre en communautés, d’Enarques, d’HEC, de ménagères, de fans de quad et autres mini-motos (suis volontairement sectaire
Clin d'oeil) sans se mélanger, vient vite la peur des autres, blancs, noirs ou jaunes… Les préjugés sur les riches et les pauvres, sur ceux qui travaillent tard ou se lèvent tôt… Ou ceux qui n’en ont plus la force.
- Des jeunes qui courent vite parce que c’est ramadan et qu’ils sont en retard, et qu’ils ont peur d’être encore plus en retard à cause d’un contrôle d’identité de la police qui est trop conditionnée aux jeunes qui sprintent après un arrachage de portable.
- Une jeune femme en look de working girl qui n’ose pas rendre le bonjour aux jeunes encapuchés qui tiennent les murs.
- Un patron de TPE PME qui a peur d’embaucher Mohamed ou Aicha, parce qu’il voit tout le temps les mêmes images clichés sur sa télé.

Octobre 2005, même si la méthode était mauvaise, parce que quand la violence remplace les mots, notre société est malade de son apartheid urbain. Après ces jours noirs, sont nées des initiatives qui feront date. Je pense au Bondy blog, même si parfois je peux lui reprocher un certain communautarisme à l’envers
Clin d'oeil.
Je vous invite à aller voir le webdo Ma 6T va changer, et à lire le magnifique conte sur la banlieue Sur la route du Pays merveilleux, écrit par Zohra Bitan,
instigatrice du wedo citoyen. Une femme que j’apprécie énormément et que j’admire.
Sans oublier, les nombreuses autres initiatives comme : Prise directe banlieue, La Cage d'escalier, Qui fait la France ? (cf. article Libération ici), Quartier sans cible,

Mixité, quartier, engagement, laïcité…. Place aux images, aux mots, aux échanges, saisis sur le vif, lors du Women's Forum for the economy and society, le 18 octobre dernier à Deauville.

  • Portait de Fadela Amara par Mecedes Erra
    « L’histoire de Fadela est une histoire forte ».

- Mercedes : « Maman est au foyer ».
- Fadela : « Non, Maman travaille : elle élève ses enfants ».
.
- Mercedes : « Le PS, sa famille d’origine. Tu dis le PS est un shaker, on met toujours les mêmes dedans, on secoue et c’est les mêmes qui ressortent ».

-
Mercedes : « Fadela entre au gouvernement Sarkozy : réaliste, pragmatique ? Elle préfère faire que ne pas faire ».
« Têtue : Fadela a décidé un jour qu’un non n’est jamais qu’un oui en gestation ».
Se définit comme : française, musulmane, croyante, laïque et républicaine. C’est un bon shaker tout ça »
.

  • Pourquoi s'être engagée pour le combat des femmes des banlieues ?
    Mercedes : « Qu’est-ce qui a fait le déclic ? »

- Fadela : « Education traditionnelle oui, mais j’avais conscience des différences d’éducation et je demandais : Papa, est-ce que les hommes et les femmes sont égaux ? Et il me répondait, oui les femmes à la maison et les hommes de dehors.

- Mercedes : « Le statut des femmes dans les banlieues, après tout le chemin parcouru par Ni Putes ni soumises, où en est-on ? »
- Fadela : « Les garçons et les filles des banlieues se sont appropriés le sujet et ont beaucoup parlé, la situation évolue grâce à la prise de conscience nationale que le statut des filles dans les quartiers était catastrophique. Mais, ce n’est pas encore gagné, il faut continuer la bataille. Plusieurs couches d’oppression existe dans les quartiers : économiques, traditonnelles, religieuses, culturelles.
Retour de certaines traditions archaïques, comme récemment autour de la virginité
».

  • Le projet républicain, la laicité et le voile

- Fadela : « Le vivre ensemble, est un des meilleurs projets politiques. Permet à des personnes différentes de vivre dans un même espace.
La laïcité est une valeur qui favorise l’émancipation des femmes, au delà des appartenances religieuses.
Le projet républicain nous rassemble, en nous permettant de partager des valeurs communes et à chacun de pratiquer dans la sphère privée. La république laïque est une chance pour l’islam, pour lui permettre de vivre un renouvellement ».

- Mercedes : « Certains pensent que le fait ne pas autoriser le voile est une atteinte à la liberté.
- Fadela : « Je suis définitivement contre le port du voile. C’est un signe d’oppression des femmes.
Le voile représente en lui un projet politique qui porte l’inégalité des sexes.
»

- Mercedes : « Est-ce que dans nos quartiers les conditions du libre choix du port du voile existe ?
- Fadela : « Non, parce que différentes formes d’oppression, donc pas de libres choix. Je me suis fâchée avec différentes féministes.
Je ne comprends pas pourquoi au nom du relativisme culturel, on accepterait des traditions archaïques qui oppriment les femmes
».

  • Les femmes, le progrès et la mixité

- Fadela Amara : « Le combat féministe, se traduit par plus on libère les femmes, plus on libère les hommes ».
Le combat des femmes est un combat à inscrire d’un point de vue international.
Les femmes portent en elles un projet alternatif qui fera progresser nos sociétés
».

Le pouvoir est trop conjugué au masculin. La société a besoin d’un nouveau souffle.
Les femmes portent des nouvelles valeurs qui sont porteuses de progrès.
Les femmes sont pragmatiques et vont à l’essentiel
».


P1020302.JPG Lors du Women's Forum for the economy and society, après le dialogue Fadela Amara / Mercedes Erra, j’ai pu participé aux questions réponses.

Extrait : « Fadela, avec Simone Veil, vous êtes mon modèle de femme politique, alors tout d’abord merci.
Vous parlez de relativisme culturel et je vous rejoins. J’aimerai apporter mon témoignage et parler aussi, malheureusement de déterminisme social.

Dans le quartier où j'habite, un quartier très populaire de Seine-Saint-Denis, la diversité, je la vis au quotidien, c'est un bonheur et une richesse
, pour mes enfants comme pour moi, tout en faisant partie d'une minorité visible. Je le dis avec sincérité et humour
Clin d'oeil : mes filles ont été pendant leurs 3 ans de maternelle, les princesses blanches chouchoutes des garçons de l'école de ZEP du quartier.

Toutefois avec 80% de logements sociaux et un très très faible pourcentage de propriétaires occupants dans mon quartier, je ne connais pas le chiffre, mais l'INSEE déclare 20% de propriétaires occupants sur l'ensemble de ma ville (très peu comparés aux 50% de Français en moyenne propriétaires de leurs résidences principales), je ne crois pas que la diversité sociale soit représentée dans mon coin de 9cube. Tout comme dans un autre style, cette diversité sociale n'est pas représentée à Levallois, Versailles ou Neuilly.

L’école de la République ne remplit plus son rôle. La mixité sociale n’existe pas/plus dans de nombreux quartiers. Poussant alors les rares familles qui le peuvent, au prix d’énormes sacrifices, à mettre leurs enfants (parfois de confessions musulmanes) dans des écoles cathos privées, parce qu'il ne croit plus dans l'école de la République. D'ailleurs, moi-même élevée à l'école de la République, j'ai fait le choix, le choix d'une maman, d'enlever mes filles de l'école ZEP de la Rep', pour les scolariser en école primaire privée Catho, avec beaucoup de culpabilité, quand nous croisons, au parc, aux activités extrascolaires, invitons à la maison, certaines des copines restées à l'école ZEP.

Aors, je voudrai juste lancer un appel, un appel pas facile et pas politiquement correct : il y a urgence de mettre fin à ces ségrégations territoriales qui poussent les mairies, afin de garder leurs électorats, à construire du social ou bien à ne pas en faire du tout, selon le bord politique, continuant ainsi à creuser le fossé du déterminisme et de l’apartheid urbain. »

Après cette prise de parole, ce qui m'a plus étonnée, ce ne sont pas les applaudissements et les regards, mais le flot de femmes, de journalistes et surtout de personnaltés politiques (y compris des hommes), dont Fadela elle-même avec qui j'ai pu échanger ensuite en off.

Même si je n'ai pas toutes les images, cette conversation entre Mercedes Erra, star de la com et Fadela Amara, star des femmes politiques et citoyennes, restera un délicieux, utile et indispensable temps fort, que je suis heureuse d'avoir partagé avec vous et que j'espère un jour raconter à mes petits-enfants, garçons, comme filles !

Il fait déjà gris et froid, je ne veux absolument pas plomber cette fin de semaine déjà pluvieuse, mais juste alerter, éveilller, prolonger mes chroniques Lettre ouverte école en danger et Mixité sociale pourquoi ?
Lecteurs et lectrices, vous connaissez ma position. Pour les autres, à mon humble avis, le seul moyen de mettre fin aux apartheids urbains (Neuilly et Clichy-sous-bois étant chacun des exemples extrêmes dans une terrible échelle sociétale) c’est la mixité sociale, le mélange, la fin de l’entre-soit, la mise en œuvre concrète du pacte républicain.
Cela passe en premier lieu par l’application de la loi SRU sur les 20 % de logements sociaux. Cela passe aussi par l’arrêt de la construction de logements sociaux dans les villes qui en ont déjà trop, c’est à dire plus du double de la loi. Et ce n’est pas politiquement correct de le dire ou de l’écrire. Je sors déjà mon parapluie
Clin d'oeil à commentaires.

Il ne faut pas diaboliser le logement social bien sûr, encore plus en période de crise, de pénurie de toits. D’autant plus que l’être humain n’est pas une statistique. Toutefois, je le constate au quotidien dans mon coin de 9cube, l’absence de diversité, conjuguée à certaines défaillances du système scolaire et éducatif, nous rappelle que l’ascenseur social est notoirement en panne dans de nombreux quartiers français.

Quelles sont les solutions ? Comment contrer ce déterminisne urbain et social ? Vous y croyez, vous à la diversité, aux métissages sociaux ?

@ suivre donc...
© rédactionnel Valérie Bernard pour chroniquesmabanlieue.com

 

Commentaires

Bonjour,
Ce blog est "banlieue", mais pas seulement. Et justement, parlons de Paris. "Paris je t'aime...", "Paris est une fille...."...euh, non je ne veux pas parler des chansons hommage à Paris.
Regardons la répartition des logements sociaux à Paris. Par exemple dans le 13° arrdt. L'un des plus grand de Paris, et à ma connaissance le plus grand nombre de logements sociaux.
D'abord, le climat social du 13° arrdt est tout à fait agréable et calme. Conclusion, un grand nombre de logements sociaux ne signifie absolument pas déchéance urbaine. Il faut aussi parfois le rappeler.
Ensuite, le 13° a beaucoup de logements sociaux car à une époque, seul cet arrondissement semblait disposer des terrains disponibles. Oui, c'est un grand arrdt. Mais les constructions-rénovations d'immeubles dans des arrondissements plus chics ont été très nombreux, par exemple dans les années 80. Conclusion, le choix des implantations de logements sociaux est loin d'être fondé uniquement sur des critères de disponibilité foncière. Il faut aussi parfois le rappeler.
Enfin, de nombreux logements sociaux se construisent encore dans le 13°. Il y a évidemment une forte demande qu'il faut absolument traiter, il y a des terrains disponibles qu'il faut certainement partager y compris vers le social, les normes actuelles pour la construction aboutissent à des logements et des immeuble infiniment plus agréable à vivre que de trop nombreux programmes vus par le passé. Conclusion, les "ghettos" (terme exagéré, c'est fait pour) fussent-ils agréables à vivre ne sont pas prêt à disparaître. Paris comme d'autres villes ne parvient toujours pas à rééquilibrer et mixer ses populations. Conclusion, les meilleurs intentions (fournir des logements sociaux confortables à ceux qui en ont besoin) se heurtent à des oppositions d'un autre temps : "dans le 13° la gauche et son social" et "dans le 7° une certaine idéologie et son pas de ça chez nous". Moi qui suit aussi peu de gauche, que du centre et que de droite, je pense qu'il faut aussi parfois le rappeler.
La loi SRU est un beau projet car c'est ni social ni anti-social. Le courage et l'honneur des politiques (de gauche, centre, droite) c'est de faire respecter cette loi républicaine. Pas plus pas moi sur le plan purement juridico-financier. Mais BIG PLUS sur le plan social et culturel. Que ce sens des responsabilités soit incarné par une "femme issu des quartiers" (ça je sais même pas ce que ça veut dire) ou par un (ex ?) avocat de neuilly, peu importe. Nous savons bien que c'est grâce à eux deux que la mixité, c'est dire la normalité avance. Non mais dis-donc !!!!

Écrit par : damien | 31 octobre 2008

Comme je l'avais déjà dis précédemment sur ton blog, je suis d'accord avec toi sur les causes multiples des malaises de ce que l'on appelle communément "les banlieues" et la société française en générale (manque de diversité, manque de mixité...) et j'avais notamment tout comme toi pointé du doigt les maires de certaines villes en m'appuyant sur la ville dans laquelle je suis, Grigny dans le 91, dans laquelle on a plus 50% de logement de la vile qui sont des logements sociaux, pour illustrer un peu plus mon propos. Et j'avais arrivé à la conclusion suivante que la faute revenait en grande partie aux citoyens des villes avec des quartiers dit "sensibles" qui élisent ce genre maire dont certains sont réélus depuis 20 ans et qui après se plaignent du sort de leurs villes. Tout comme les citoyens des villes dites "riches" qui élisent que des maires bloquant la construction de logement sociaux sur leurs communes.
Lorsque la France possédera des citoyens "responsables" de leurs actes qui arrivent à penser au bien commun plutôt qu'à leurs confort personnel, tout ira dans le bon sens, mais d'après moi, quitte à déplaire à certains, ce n'est pas le cas actuellement ou très peu. Heureusement qu'il y a des personnes comme vous et d'autres que vous avez cités qui me donne un peu d'espoir qu'il y a des gens qui veulent réellement que les choses "bougent" et surtout qui traduisent leurs volontés par des "actes".

Mais une autre question me vient à l'esprit par rapport à ce qu'il vient de m'arriver il y a quelques jours et que j'ai conté sur mon blog (attaque d'un bus avec des briques et des cocktails molotov dans lequel je me trouvais), les choses vont petit à petit dans le bon sens au niveau de la prise de conscience du problème par l'état et la société (même si cela un peu trop lentement de mon point de vu comme je l'ai sous entendu), mais ils existent une minorité de personnes qui "salissent" le combat que des gens comme vous et moi menons pour améliorer les choses. Ces personnes que j'appelle les "coules parents-enfants voyous" qui prennent pour excuse leurs difficultés pour ne rien respecter alors que dans le même temps 99% des autres familles vivant dans les mêmes lieux que ces "couples parents-enfants voyous" avec les mêmes difficultés et injustices respectent la société et les règles du "bien vivre ensemble".

Quelles sont les sanctions qui existent actuellement pour punir ces personnes que j'appelle les "couples parents-enfants voyous"?
Et en même temps que l'on tente d'améliorer la situation dans ces "quartiers de banlieue", ne faut il pas se focaliser encore plus sur ces "couples parents-enfants voyous" et les contraindre à respecter notre société?

Bonne continuation Zora et bon courage.

Écrit par : Neoalchimiste | 31 octobre 2008

@ Damien et Neoalchimiste
Merci, quels cadeaux : ce ne sont plus des commentaires, mais des articles que vous écrivez ici. C'est chouette ces réflexions...

Comme dirait Soeur Emmanuelle : Yallah, soyons des citoyens acteurs, incitons les autres (encore spectateurs) à nous rejoindre dans cette dynamique : pas le droit de se plaindre d'une situation, si on ne s'implique pas pour la faire évoluer !
à vous, à nous de jouer...

Écrit par : ChroniquesMaBanlieue | 31 octobre 2008

J'avais déjà eu le plaiir de te lire il y a quelques mois et en effet au fil du temps on peut se rendre compte que nous sommes un certain nombre à avoir des causes communes, c''est rassurant et stimulant car la marche est encore longue. n'hésites pas à me tenir informé de ton actualité et de celles et ceux pour qui tu écris. bravo et à bientot.

Écrit par : Cedric | 02 novembre 2008

Les méchants policiers ont couru apres de gentils jeunes qui n'avaient rien fait, ouh, les méchants flics!
ouai, n'empêche qu'au pays des bisounours, si on a rien à se reprocher, on décline son idendité, point barre!
et un délit de fuite reste un délit de fuite, les flics n'aiment pas ça,ça les agace, et ils feront tout pour rattraper ceux qui se barrent, et ils auront raison.
Ces jeunes étaient de jeunes citoyens exemplaires...c'est triste!

Écrit par : lowlow007 | 05 novembre 2008

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu